Situé à 828 mètres d'altitude et à 78 kilomètres de Kasserine (Cillium), 270 kilomètres de Tunis (Carthago)Haïdra, anciennement Ammaedara ou Ad Medera, suivant les sources, apparaît dans l'histoire au I° siècle après Jésus-Christ mais cette station de la route de Carthage à Theveste (l'actuelle Tébessa), sur le territoire des Musulames, peut être antérieure.

Emplacement stratégique pourvu d'une bonne source (dans le lit de l'Oued), le lieu fut choisi sans doute à la fin du règne d'Auguste pour bâtir le camp permanent de la III° légion Auguste, la principale unité de l'armée d'Afrique. On n'a pas retrouvé le camp mais le cimetière militaire le long de la route de Carthage à l'Est a livré plusieurs stèles appartenant à la première moitié du I° siècle.


A la même époque, une route fut construite par l'armée entre Ammaedara et Tacape (Gabès), qui servit de rocade au territoire romain et d'appui à une mise en valeur du sud de la Tunisie, dont témoigne une cadastration qui a sans doute son origine près de la ville.

 

Après l'échec de la révolte menée par Tacfarinas à la tête des Musulames contre les Romains, les progrès de la pacification permirent vers 75, sous Vespasien, le déplacement du camp de la légion vers Theveste et, plus tard, vers Lambaesis, où il demeurera. Le site fut affecté à une colonie de vétérans, Colonia Flavia Augusta Emerita Ammaedara, au centre d'un territoire que le gromaticus Hygin cite comme modèle de cadastration. A la même époque, les soldats démobilisés constituèrent aussi sur le territoire des Musulames la population d'une autre colonie à Madaure : Colonia Flavia Veteranorum Madauros.

Cette ville d'origine militaire connut une prospérité évidente dont témoigne la surface bâtie étendue, limitée à l'Est par l'arc de Septime Sévère et traversée par la voie Carthage - Theveste, encore visible à plusieurs endroits, de nombreux monuments au centre de la cité, de vastes nécropoles tout autour avec trois mausolées conservés au Sud-Est, au Nord-Est et à l'Ouest, enfin une abondante épigraphie, encore en partie inédite ; mais les sources historiques, en dehors des itinéraires routiers et des livres conciliaires, sont pratiquement muettes. Les fouilles ont été restreintes (deux campagnes en 1907-1908, des déblaiements d'amateur entre 1927 et 1940 et les recherches sur les bâtiments chrétiens depuis 1967). On a dégagé partiellement au centre le périmètre d'un grand temple (avec une colonne encore debout) qui est peut-être le Capitole au centre du forum à côté d'un marché, au Nord des thermes publics et à l'Est le théâtre.


Haïdra (Ammaedara) : Plan du site dessiné par J.-C. Golvin et Y. Junius
Haïdra (Ammaedara) : Plan du site (par J.-C. Golvin et Y. Junius)

Légende : 

 

  1 : Place dallée et temple tétrastyle (forum et Capitole)
  2 : Théâtre
  3 : Édifice à fenêtres (non identifié)
  4 : Édifice « à auges »
  5 : Arc de Triomphe de Septime Sévère
  6 : Petit arc de la rive droite
  7 : Restes de voies dallées
  8 : Mausolée hexagonal
  9 : Mausolée tétrastyle
10 : Mausolée quadrangulaire
11 : Église de l'évêque Melleus (Basilique I)
12 : Église de la citadelle byzantine (Basilique III)
13 : Chapelle d'époque vandale (Basilique IV)                         14 : Petite basilique « près de la citadelle » (Basilique V)
15 : Basilique de Candidus (Basilique II)                                    16 : Citadelle byzantine


Haïdra (Ammaedara) : Place dallée et temple tétrastyle (forum et Capitole)
[007-1983-36] Haïdra (Ammaedara) : Place dallée et temple tétrastyle (forum et Capitole)

 

 

Place dallée et temple tétrastyle (forum et Capitole) (1) :

 

 

Le temple tétrastyle est situé au Nord et dans la partie la plus élevée de la ville antique, sa façade est orientée à l'Est. Il est bâti en blocs de mauvaise pierre calcaire du pays, et très détruit. Il ne reste de traces que des substructions du pronaos, larges de 12,60 mètres, et de l'escalier, encadré entre les prolongements des murs latéraux du soubassement et supporté par une voûte en blocage recouvrant un caveau à deux combles.

 


La colonne d'angle à droite du portique reste seule debout aujourd'hui, tandis qu'il en existait encore deux vers 1850. La base, tout effritée, est haute de 0,65 mètre. La colonne se compose de neuf tambours cylindriques, ayant chacun 1,15 mètre de diamètre et 1 mètre de hauteur, sauf le premier qui mesure 1,15 mètre. Il n'y a plus trace ni du chapiteau, ni de l'entablement qu'il portait.


Haïdra (Ammaedara) : Plan du théâtre
Haïdra (Ammaedara) : Plan du théâtre

Théâtre (2) :

Une grande construction de forme demi-circulaire qui parait être un ancien théâtre. De gigantesques pans de murs voûtés y couvrent le sol de leurs débris ; ils sont bâtis en blocage. On remarque aussi en cet endroit un conduit souterrain de peu d'étendue. En somme, ce monument est bouleversé de fond en comble ...
 
Les ruines consistent en nombreux vestiges de voûtes qui affleurent la surface du sol et dont la répartition sur une forme demi-circulaire marque bien un théâtre.

 

Il est fort probable que le théâtre ait  été dépouillé de ses pierres de taille pour être utilisées dans la construction de la citadelle byzantine.


Haïdra (Ammaedara) : Édifice à fenêtres, vu depuis l'église de l'évêque Melleus -Basilique I-
[007-1983-38a] Haïdra (Ammaedara) : Édifice à fenêtres, vu depuis l'église de l'évêque Melleus -Basilique I-

Édifice à fenêtres (non identifié) (3) :

 

Au Nord de la citadelle byzantine et à son angle occidental se trouvent les ruines d'un grand édifice.

 

Mur Nord de l'édifice à fenêtres :

 

Ce qui frappe l'attention tout d'abord, c'est la haute muraille, percée de fenêtres, qui borde la route. Elle est longue extérieurement de 32 mètres, et nous l'avons complète ; puisque les deux murs Ouest et Est s'amorcent aux deux extrémités.
Les cinq fenêtres sont placées avec symétrie, qui n'est pourtant pas rigoureuse. La largeur des fenêtres varie entre 1,52 mètre et 1,60 mètre, et les panneaux qui les séparent ont de 4,10 mètres à 4, 60 mètres. Les deux fenêtres des extrémités ne sont distantes des angles que de 3,40 mètres et 3,60 mètres.

 

De part et d'autre de chaque fenêtre, à 0,41 mètre de l'ouverture, s'élèvent des pilastres qui ne sont pas plaqués sur la muraille. Ils sont taillés dans les blocs constituant le mur même, et n'apportent aucune modification au système de construction employé.


A 2, 64 mètres au dessus du niveau supérieur des fenêtres, ces pilastres se terminent par des chapiteaux, taillés comme les pilastres dans des blocs en forme de T, engagés dans la muraille. Ces chapiteaux, aujourd'hui complètement effacés, soutenaient une corniche qui courait tout le long de la façade sans interruption. Au dessus, après quelques assises, il semble bien qu'une nouvelle corniche se dessine. Mais l'état de dégradation de la muraille ne permet aucune certitude. Les panneaux pleins entre les pilastres sont unis.


Enfin, aux deux angles, les pilastres forment chaînes d'angle, et limitaient, par des lignes très fermes, adoucies par les volutes des chapiteaux d'angle, cette façade largement et simplement composée.


Haïdra (Ammaedara) : Édifice « à auges » - En arrière-plan, le rempart Nord de la citadelle byzantine et l'édifice à fenêtres
[007-1983-35] Haïdra (Ammaedara) : Édifice « à auges » - En arrière-plan, le rempart Nord de la citadelle byzantine et l'édifice à fenêtres

 

Édifice « à auges » (4) :

 

Le « monument à auges » est un édifice spectaculairement conservé depuis toujours, dont le plan comporte en particulier une grande salle séparée de deux autres plus petites, à caractère manifestement de service, par deux files d’auges, c’est-à-dire par des bassins en pierre surmontés chacun par une arcade qui en fait des sortes de guichet.
Ce plan a suscité maintes hypothèses, et on a fait du bâtiment une écurie, une église, un monastère, entre autres. Mais le plus intéressant réside peut-être dans le fait que plusieurs autres constructions du même type sont connues dans la région au Sud de Tébessa (Theveste), en Algérie, proche d’Ammaedara

Sur place, la mission en a identifié un deuxième, plus petit ; autour du premier comme dans le secteur au Nord-Ouest de la citadelle, les fouilles ont mis en évidence deux aménagements équivalents, nettement postérieurs (le premier doit dater des IV°-V° siècles, les deux derniers de l’époque byzantine). Ces édifices avaient à coup sûr une fonction bien déterminée, peut-être en rapport avec la production d’huile qui joue un rôle important dans la région.
Faute d’une identification précise, l’hypothèse qui paraît pour l’instant la plus vraisemblable est celle d’une sorte de perception (ou d’édifice pour des distributions) pour des biens en nature.


Haïdra (Ammaedara) : Arc de triomphe de Septime Sévère (façade Sud) partiellement contenu dans le bastion byzantin
[007-1983-19] Haïdra (Ammaedara) : Arc de triomphe de Septime Sévère (façade Sud) partiellement contenu dans le bastion byzantin

Arc de Triomphe de Septime Sévère (5) :

 

L'Arc de Triomphe de Septime Sévère, sous lequel passait la voie antique, fut dédié à l'empereur Septime Sévère comme l'indique l'inscription de la frise en 195 ap. J.-C. ; entouré d'un fortin byzantin qui le masque en partie, il est à peu près intact : sur chaque face, la baie est flanquée de deux avant-corps ornés de colonnes corinthiennes jumelées.

 

Ce bel édifiée, qui est situé sur la rive gauche de l'oued et à l'Est de la ville, est le plus beau type d'arc que nous ayons rencontré pendant notre voyage en Tunisie.


Antérieur de quelques années à celui de Tebessa, il est analogue à ceux de Makthar (Bab el Aïn) et de Sbeïtla, de Dougga et de Djemila.

Haïdra (Ammaedara) : Restitution de l'arc de triomphe de Septime Sévère
Haïdra (Ammaedara) : Restitution de l'arc de triomphe de Septime Sévère

Il se compose d'une arcade ouverte sur 575 mètres de large et 6,37 mètres de profondeur. Cette arcade sans archivolte est accostée de deux avant-corps composés chacun de deux colonnes corinthiennes supportant un entablement complet ; nous remarquerons ici, comme à Tebessa, la hauteur considérable de la frise, comparée à la hauteur qu'elle devrait avoir pour être en proportion avec la colonne ; cette hauteur a été exagérée afin de trouver la place de la longue inscription qui décore la face Est de l'arc.
Des fouilles pourraient seules nous faire savoir si le stylobate qui portait les colonnes se décrochait devant elles comme à Tebessa, ou bien comme à Sbeïtla se continuait devant elles d'une façon uniforme.


Nous avons restitué le stylobale d'après Bruce en lui donnant deux assises de hauteur.

 

Ces colonnes, d'un seul morceau de pierre, supportent un entablement composé d'une architrave sculptée (sur les deux faces dans les avant-corps) décorée d'un rang de feuilles d'acanthes (talon supérieur), d'un rang de perles (baguette), et d'un rang de feuilles d'eau (talon inférieur).

Les faces des architraves sont inclinées, comme dans celles de Sbeïtla, Henchir es-Zaâtli, etc. Leur partie inférieure est décorée de soffites où sont sculptés des rinceaux de feuillages.

 

Au droit des colonnes, l'arc porte des pilastres de 0,10 mètre de saillie ; l'imposte de l'arc est décorée de pirouettes, d'oves et de canaux. La corniche se compose d'une doucine richement sculptée : un rang de pirouettes, un rang d'oves, un rang de canaux et un rang de denticules.
Les chapiteaux corinthiens sont d'un travail soigné et leurs tailloirs sont décorés d'un rang de canaux.
Les plafonds des avant-corps sont composés de grandes dalles juxtaposées de 2,25 mètres de long.

 

L'appareil et la sculpture de ce monument sont très soignés.

 

Une particularité de cette construction est la façon dont sont appareillés les voussoirs de tête de l'arc. Ils sont appareillés en crossettes, mais d'une dimension très petite, et les crossettes, au lieu d'être horizontales, sont verticales.
On a construit à une époque postérieure, autour de cet arc, un fortin en blocs de o,5o à o,6o mètre de hauteur ; une grande partie de ces constructions existe encore.
Il est fort intéressant de reconnaître là exactement le parti adopté pour la décoration des faces de l'arc de Tebessa.
Retournez l'arc d'Haïdra de 90° sur lui-même en le faisant pivoter autour de son axe, de façon à lui donner quatre faces, et nous retrouvons l'arc de Tebessa (sans l'édicule de la partie supérieure).

 

Inscription de la frise en 195 ap. J.-C. :


IMP CAES L SEPTIMIO SEVERO PERTINACI AVG P M
TRIB POT III IMP COS II PP PARTHICO ARA
BICO ET PARTHICO AZIABENICO D D P P


Imp(eratori) Caes(ari) L(ucio) Septimio Severo Pertinaci Aug(usto) P(ontifici) M(aximo)
Trib(unicia) pot(estate) III Imp(eratori) V Co(n)suli II P(atri) P(atriae) Parthico Arabico
et Parthico Aziabenico. D(ecreto) d(ecurionum) p(ecunia) p(ublica)


À l’empereur César Lucius Septime Sévère Pertinax Auguste Grand Pontife, détenteur de la Puissance tribunicienne pour la troisième fois, Consul pour la deuxième fois, acclamé empereur cinq fois Père de la Patrie, Vainqueur des Parthes Arabes et des Parthes Adiabènes. Les décurions ont érigé ce monument par une collecte publique. (Décret des décurions ?).


Haïdra (Ammaedara) : Restitution du petit arc de la rive droite
Haïdra (Ammaedara) : Restitution du petit arc de la rive droite

Petit arc de la rive droite (6) :

 

Sur la rive droite, les ruines de ce côté de l'oued ont appartenu à un quartier distinct ou à un faubourg.

On y admire les restes d'une longue voie antique pavée avec de magnifiques dalles rectangulaires agencées ensemble diagonalement. Cette voie conduit a un petit arc de triomphe.

Il se compose d'une arcade accostée de deux niches carrées, ornées à leur partie inférieure de deux consoles sculptées de 0,37 mètre de saillie.


L'arc a 2,32 mètres d'ouverture, les niches carrées 1,10 mètre.


Ce monument repose sur un soubassement composé d'une baguette, d'une doucine renversée et d'un petit tore ; au pied nous trouvons un fragment de la corniche qui se compose d'une doucine et d'une baguette au-dessus d'un larmier.
L'inscription qui décorait la frise a été détruite en partie, et les fragments gisent à terre.


 

Mausolée tétrastyle (9) :

 

 A 300 mètres au Sud de la basilique "des martyrs" ou "de Candidus" se dresse un beau mausolée à deux étages  d'environ 9 mètres de hauteur ; l'étage supérieur affecte la forme d'un petit temple, à quatre colonnes corinthiennes supportant un fronton, dont la loge abritait sans doute des statues.

 


Il se compose d'un soubassement rectangulaire de 5,15 mètres sur 4,10 mètres, formant une chambre sans ouverture sur le dehors et décoré, sur la face principale, d'un grand cartouche de 4,43 mètres de long sur 2,38 mètres de haut, sur lequel était gravée une inscription funéraire, illisible aujourd'hui. Ce soubassement repose sur une doucine renversée et probablement sur trois gradins; il porte une cella rectangulaire, précédée de quatre colonnes supportant un fronton. Ces colonnes, d'ordre corinthien, sont légèrement galbées.

L'entablement se compose d'une architrave assez simple, d'une frise unie et d'une doucine qui forme la corniche ; le tout surmonté d'un fronton dont les rampants sont tombés.
Derrière les colonnes extrêmes se dressent deux pilastres corinthiens qui supportent l'architrave.
Cette architrave, qui suit le nu extérieur du mur de la cella, pose donc non pas à l'aplomb du fût, mais à l'aplomb du tailloir, disposition qui se répète aux colonnes, ce qui rend cette partie du monument un peu lourde d'aspect.


Voilà un détail qui, par la naïveté de l'arrangement, fait penser à la disposition fréquemment adoptée par les architectes du moyen âge, disposition qui fait porter les charges au droit du tailloir au lieu de les faire porter au droit du fût, comme dans l'architecture romaine ou grecque.

Il est à remarquer que, dans les provinces romaines qui ne sont ni la Grèce ni ses colonies, l'architecture a commencé, à partir de l'époque des Antonins, à suivre une marche plus indépendante des traditions classiques : on voit poindre de temps en temps, dans les édifices, des recherches d'arrangements ingénieux.
En Tunisie par exemple, à Sbeïtla, à Makthar, à Uzappa, ces colonnes, composées de tambours engagés, comprenant entre eux des parties de demi-colonnes en délit, montrent un emploi fort bien raisonné de la pierre.
La cella supérieure n'a pas de plafond ; elle est recouverte par des dalles de 4,10 de long, qui reposent sur les deux frontons (antérieur et postérieur).


Sur chaque face latérale de la cella se voient deux consoles ornées de feuillages, qui portaient probablement deux bustes ; cette cella était pourvue d'un plancher en pierre fait de grandes dalles de près de 4 mètres de longueur posant sur une retraite du mur.
C'est là que se dressaient probablement les statues des personnages dont les cendres reposaient dans ce mausolée.
La chambre inférieure ne contient pas de fragment qui puisse indiquer le genre de sépulture adopté.
Cependant des fragments de sarcophage en marbre blanc, fragments malheureusement très dénaturés, que nous avons trouvés à Haïdra nous font croire qu'ici la chambre inférieure contenait un ou deux sarcophages de marbre.


Les monuments les mieux connus, parce que conservés en superficie, sont ceux de l'Antiquité tardive et de la période byzantine

 

Evêché dès 256, Ammaedara possédait une vaste basilique au centre : l'église de Melléus ou basilique I, qui est sans doute la cathédrale ; les nombreuses épitaphes qu'on y a recueillies nous renseignent sur le clergé et la population de la ville aux V° et au VI° siècles. La tombe d'un episcopus Vandalorum témoigne de la présence de Vandales entre 439 et 533.


A l'Est de la cité, dans la nécropole, la basilique II ou de Candidus commémorait le lieu de la sépulture de martyrs locaux de la persécution de Dioclétien, dont la mention sous cette forme est très rare.

 

Au Nord, une église plus modeste, basilique IV dite " chapelle vandale ", a livré aussi des tombes dont celles d'une famille de notables ayant occupé les charges de flamen perpetuus (prêtre local du culte monarchique) et de sacerdos (prêtre provincial) jusqu'à la fin de la période vandale. A côté, un " bâtiment à auges " (sorte de marché monumental, servant à la perception ou à la distribution de denrées) appartient à la série des édifices publics de ce type élevés au Bas-Empire dans plusieurs agglomérations de la région depuis Madaure jusqu'au sud de Tébessa.

La ville retrouva son destin militaire au VI° siècle dans la période byzantine mais son urbanisme en fut bouleversé. Dans le cadre de la vaste campagne de fortifications entreprise par Justinien, une importante citadelle, mentionnée par l'historien Procope, fut élevée au centre de la cité, depuis le bord de l'oued jusqu'à la route qu'elle contrôlait de Theveste. Elle contenait une église pourvue de tribunes et d'une curieuse abside à demi-coupole côtelée, d'un type bien conservé au "Dar el-Kous" au Kef. Des points d'appui (bastions) furent édifiés tout autour, dont l'un encadrant l'arc de triomphe de Septime Sévère.

A la même époque, après une destruction sévère, la basilique II ou de Candidus fut rebâtie avec une orientation inversée, sans doute par la même équipe à laquelle est due l'église de la citadelle : on y a trouvé des inscriptions importantes pour l'histoire du culte des martyrs et d'intéressantes mosaïques (au Musée du Bardo). Une autre petite église près de la citadelle, des remaniements dans l'église principale témoignent de la vitalité de la communauté chrétienne à cette époque.


Haïdra (Ammaedara) : Plan de l'église de l'évêque Melléus -Basilique I-
Haïdra (Ammaedara) : Plan de l'église de l'évêque Melléus -Basilique I-

 

Église de l'évêque Melléus -Basilique I- (11) :

 

L'église de l'évêque Melléus possédait deux chœurs :

Le chœur occidental — Devant l'abside, un « chœur » tout à fait classique pour une basilique africaine prolonge le presbyterium. Cette enceinte rectangulaire, à peine surélevée, occupe trois travées de la nef centrale. Au centre, on voit dans le dallage une cavité rectangulaire qui contenait le reliquaire et que recouvrait une dalle inscrite datée de 568 ou 569 mentionnant les reliques de saint Cyprien.

Le chœur oriental — L'église possédait à l'Est, vers la porte centrale, une autre installation cultuelle qui avait été, il est vrai, fort malmenée ces dernières années.


Haïdra (Ammaedara) : Restitution de l'église de la citadelle byzantine -Basilique III-
Haïdra (Ammaedara) : Restitution de l'église de la citadelle byzantine -Basilique III-

Église de la citadelle byzantine -Basilique III- (12) :

 

A l'intérieur de la citadelle, on distingue en maint endroit des traces de murs, de voûtes, de citernes. A la hauteur de la deuxième tour de la courtine ouest, on remarque une petite église (Basilique III) dont l'abside est en place.

Cette abside était décorée de sept niches circulaires soutenues par des colonnettes qui ont disparu, ainsi que presque toutes les voûtes. L'abside est formée par deux colonnes corinthiennes en marbre cipolin ; l'une a conservé son chapiteau de marbre blanc. A gauche, une construction, de 6,30 mètres de long sur 2,80 mètres de large, a conservé son premier étage, avec porte et fenêtres en place et les corbeaux pour soutenir les lambourdes du plancher. L'église était formée d'une nef de 5,60 mètres de large sur 13,20 mètres de long, et de deux bas-côtés de 2,90 mètres de large sur 13,20 mètres de long. Cette église avait probablement une couverture en charpente.

Haïdra (Ammaedara) : Église de la citadelle byzantine -Basilique III-
[034-1983-09] Haïdra (Ammaedara) : Église de la citadelle byzantine -Basilique III-

Haïdra (Ammaedara) : Basilique de Candidus (Basilique II)
Haïdra (Ammaedara) : Basilique de Candidus (Basilique II)

Basilique de Candidus -Basilique II- (15)


La basilique " des martyrs " ou " de Candidus " (du nom d'un donateur du pavement de la nef centrale au VI° siècle) est située dans la nécropole orientale d'Ammaedara, au Sud-Est de l'Arc des Sévères et au Sud de la fameuse " nécropole militaire ", regroupant les tombes des soldats et vétérans de la III° Légion Auguste et de ses unités auxiliaires, qui tinrent garnison sur ce site au I° siècle de notre ère, jusqu'à leur transfert à Theveste, vers 754.

En 1933-1934, la partie reconstruite au VI° siècle a été déblayée et a permis la découverte d'une longue inscription en deux versions, sur pierre et sur mosaïque, qui donnait le nom du dédicant, l'illustris Marcellus, la description de l'installation martyrologique renouvelée au VI° siècle et la liste des martyrs locaux morts (pro divinis legibus) lors de la Grande Persécution.


Haïdra (Ammaedara) : Plan de la citadelle byzantine
Haïdra (Ammaedara) : Plan de la citadelle byzantine

Citadelle byzantine (16) :

 

La citadelle byzantine occupe le versant méridional d'une petite colline, et a la forme d'un quadrilatère irrégulier dont les faces est et ouest sont brisées. La grande dimension du nord au sud est à peu près de 200 mètres de long, celle de l'est à l'ouest de 110 environ.

 

Le front septentrional a été refait complètement, à une époque récente, par les Tunisiens...

Le front oriental, construit avec soin, se compose de deux tours carrées (les hauteurs d'étage sont distinctes dans la seconde, couverte en voûte d'arête) ; une de ces tours se trouve formée en partie par l'angle de la basilique romaine qui est au nord de la citadelle. Viennent ensuite des contreforts intérieurs épaulant la courtine, et une porte : ces contreforts sont reliés entre eux ou par des linteaux, ou par des arcs et supportent le chemin de ronde, visible encore en certains endroits. Comme la déclivité du sol est très prononcée, les différences de niveau sont rachetées par des marches de la largeur du chemin de ronde. Suivant le mur, nous trouvons une poterne murée, puis nous arrivons à une tour circulaire presque dégagée du mur. Cette tour a deux étages indiqués par une retraite sur le mur, au premier, à l'intérieur.

 

Nous arrivons ensuite à une porte et à une large brèche, et enfin à l'angle Sud de la forteresse, terminée au bord de la rivière par une tour carrée dans laquelle s'ouvre une grande porte surmontée d'une arcade fermée par un linteau. Le remplissage de l'arcade est fait en pierre de grand appareil. Devant cette porte se trouvait un pont d'une seule arche de 30 mètres de portée qui franchissait l'oued ; à ce pont complètement ruiné aboutit une partie de voie antique se dirigeant vers le Sud.


Au-dessus de cette porte, une arcade en berceau de 3,50 mètres soutient la partie supérieure de la tour. La courtine longe ensuite l'oued sur une longueur d'environ 100 mètres et aboutit à une tour d'angle, à la partie supérieure de laquelle on accède par un escalier qui s'appuie sur un assez fort massif et une arcade. Remontant ensuite la colline, en suivant toujours les murs, nous rencontrons successivement, à 53 mètres, une tour carrée, puis une autre plus petite à 57 mètres, et 60 mètres plus loin, une troisième qui aboutit au bastion arabe.

Tout ce côté occidental est presque complètement ruiné ; il a été construit en grande partie avec des matériaux empruntés à des édifices d'une époque antérieure ; on y distingue des fragments nombreux d'inscriptions et de bases de chapiteaux, de corniches ou architraves, ainsi que des tombeaux...

La grande voie Carthage - Theveste, qui traversait la ville romaine, passait à l'intérieur, au Nord de la citadelle ; au Sud, une porte ouvrait sur un pont aujourd'hui détruit d'où partait la route de Thala et Thelepte.


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Sources

Textes :

"Tunisie", Les Guides bleus, Hachette, 1977

André Piganiol, Robert Laurent-Vibert, Recherches archéologiques à Ammaedara (Haïdra),

                                                                               in Mélanges d'archéologie et d'histoire, tome 32, pp. 69-229, 1912

François Baratte et Fethi Bejaoui, Haïdra (Tunisie), ville d'Afrique proconsulaire à la fin de l'Antiquité,

                                                                    in Les nouvelles de l'archéologie, n° 124, p. 34-39, 2011

Noël Duval, " Ammaedara ", in Alger - Amzwar, Aix-en-Provence, Edisud (" Volumes ", no 4), 1986

René Cagnat et Paul Gauckler, Les monuments historiques de la Tunisie - Les temples païens, Ed. Ernest Leroux,

                                                            1898

Victor Guérin, Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, Tome I, Henri Plon, 1862

https://sites.google.com/site/arcdeseptimesevere/epigrahies/dedicace

 

Textes/Plans/Dessins :

Archives des missions scientifiques et littéraires, "H. Saladin, Rapport sur la mission faite en Tunisie de

                                                                                               novembre 1882 à avril 1883" , Tome XIII, Imprimerie nationale, 1887

Charles Diehl, L'Afrique byzantine - Histoire de la domination byzantine en Afrique (533-709), Ed. Ernest Leroux,

                            1896

Noël Duval, L'église de l'évêque Melleus à Haïdra (Tunisie) : la campagne franco-tunisienne de 1967, in CRSAIBL*

                        n°2 p. 221-244, 1968

 

Plans/dessins :

François Baratte, Noël Duval et Jean-Claude Golvin, Recherches à Haïdra V : le Capitole (?), la Basilique V,

                                                                                                         in CRSAIBL*, n°1 p. 156-178, 1973

François Baratte, Noël Duval et Jean-Claude Golvin, Les églises d'Haïdra VI : la basilique des martyrs de la

                                                                                                         persécution de Dioclétien, in CRSAIBL*, n°1 p. 129-173, 1989

François Baratte, Recherches franco-tunisiennes sur la citadelle byzantine d'Ammaedara (Haïdra), in CRSAIBL*,

                                   n°1 p. 125-154, 1996

Frank Sear, Roman theatres - An Architectural Study, Oxford University Press, 2006

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* CRSAIBL : Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

 

Photos : 1983