A une altitude d'environ 700 mètres et environ 24 kilomètres au Nord-Est de Makthar, les ruines d'Uzappa (Ksour Abd-el-Melek) couvrent une terrasse exposée au levant et adossée aux roches calcaires qui bordent la vallée de ce côté. Elles s'étendent aussi sur les pentes qui descendent vers l'oued Ouzapha. Un profond ravin creusé par un torrent issu des gorges de l'hammada les borde  côté Nord. La ville haute couvrait le plateau supérieur. Plusieurs de ses édifices principaux restés debout prêtent à ses restes un aspect fort imposant.

 

Deux de ses portes existent encore. Celle qui s'ouvre du côté du nord (Arc de Caracalla) domine le ravin. Un pont qui servait à le franchir a disparu, emporté sans doute par les crues du torrent.



Une autre porte monumentale se situe à l'Est, la porte d'entrée du temple de Liber Pater. Son arcade mesure 3 mètres d'ouverture, les pieds-droits sont larges de 3 mètres et l'édifice, dont la base est enfouie sous les décombres amoncelés tout autour, s'élève à environ 9 mètres au-dessus du sol actuel.

 

La face intérieure de cette porte n'a reçu aucune décoration ; mais il n'en est pas de même de la face extérieure, regardant la ville basse dont l'ornementation est fort remarquable. Elle se compose d'un double encadrement formé par quatre demi-colonnes corinthiennes différant par leurs dimensions et taillées dans les pierres qui forment le corps de la bâtisse. Les deux moins élevées accompagnent l'arcade et portent une architrave décorée à sa partie inférieure d'une frise élégante et couronnée par un fronton triangulaire. L'entablement supérieur se termine à chacune de ses extrémités par un ressaut, supporté par une console qui repose sur les chapiteaux des demi-colonnes extérieures. Ces consoles sont ornées de deux aigles en relief sur leur face, et sur leurs côtés extérieurs, de deux têtes au front surmonté de cornes, auxquelles une longue barbe et une chevelure épaisse prêtent un aspect barbare. Une élégante corniche, soutenue par des modillons et terminée à chaque extrémité par des ressauts correspondant à l'ordonnance de l'entablement, forme le couronnement de ce monument curieux.


A droite de cette porte, et à une vingtaine de mètres de distance, se trouvent les restes d'un vaste édifice englobé dans les constructions arabes qui composent le bordj du Cheikh Abd el Melek, propriétaire de ces ruines que les indigènes appellent Ksour Abd el Melek (les châteaux d'Abd el Melek).


On y voit deux vastes salles ayant conservé leurs arceaux et une partie de leurs voûtes ; elles servent maintenant d'écurie.


Du côté de l'ouest, son enceinte est limitée par un mur édifié avec des matériaux appartenant à des monuments détruits ; on y rencontre des stèles, des fragments d'architraves, etc., ce qui indique une reconstruction faite à l'époque byzantine.

 

Au sud de la ville s'élève un beau portique composé de trois arcades mesurant chacune 3,30 mètres d'ouverture sur environ 6 mètres de hauteur. Une double rangée d'arcades beaucoup plus basses et en partie ruinées, ou enfouies sous le sol, s'appuie aux piles de l'arcade centrale et forme deux autres portiques perpendiculaires au premier. L'ensemble de la construction, qui paraît avoir été une basilique, est entouré d'une enceinte rectangulaire en belles  pierres de taille.

Deux voies romaines dont les traces sont encore fort apparentes se croisaient à Uzappa. L'une, venant du Nord, longeait le cours de la Siliana, passait au bas de la ville et se continuait dans la direction de Mactaris. L'autre, en direction de Zama Regia, qui franchissait l'oued Djilf sur le pont monumental détruit, se poursuivait à l'Ouest vers Assuras (Zanfour).


Temple du Liber Pater - Bordj - Arc de Caracalla -Basilique


L'arc d'Uzappa dédié à Caracalla est situé à l'entrée Nord de la cité antique, au point où aboutissait la voie venant de Zama Regia. Un pont aujourd'hui disparu le précédait.


Ses dimensions :

Largeur totale : 5,16 mètres

Epaisseur : 1,00 mètre

Largeur de la baie : 3,14 mètres

Hauteur approximative : 8 à 9 mètres

 

Datation :
La dédicace de l'arc, mentionne Caracalla seul, mais ne donne pas d'indication de puissance tribunicienne ; cependant, comme l'Empereur porte le surnom de Felix, qu'il a porté régulièrement à partir de 213, on peut proposer la date de 213 à 217.


C'est un arc très simple, bâti en gros blocs d'opus quadratum mesurant 0,50 mètre chacun. Deux assises juxtaposées assurent l'épaisseur du monument et cette technique est la seule utilisée, pour les claveaux comme pour les pieds-droits, sans recours à des joints de ciment. Les pieds-droits de cet arc à une baie, construit en calcaire de la région, ne présentent pas de décor architectural. Seule la corniche d'imposte marque le départ de la baie. L'arc est dépourvu de son entablement, à part le fragment de corniche replacé du côté Nord.


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Sources

Textes :

Julien Poinssot et Louis Demaeght, Bulletin trimestriel des antiquités africaines, Tome II, A. Picard, 1884

Anne-Marie Leydier-Bareil, Les arcs de triomphe dédiés à Caracalla en Afrique romaine, Université Nancy 2, 2006

 

Photos : 1983