Les ruines d’Hippone

 

 

Hippone, dont le véritable nom était Hippo Regius, doit probablement son origine aux Phéniciens, et sa fondation est antérieure à celle de Carthage. Elle semble avoir été l’une des villes prises au IV° siècle avant J.-C. par Eumachus, général d’Agatocle de Syracuse. Elle resta l’alliée de Carthage jusqu’à l’anéantissement de celle-ci par les Romains.

 


Après un siècle d’indépendance pendant lequel elle dut être la résidence favorite des rois de Numidie, elle subit le contrecoup de la guerre qui opposa César à Pompée, et devint romaine à la suite de la victoire de César et de l’annexion de la Numidie (46 avant J.-C.).

 


Annaba (Hippo Regius) : Plan du site
Annaba (Hippo Regius) : Plan du site

 

Elle connut quatre siècles de prospérité, jusqu’à l’invasion vandale et Saint Augustin, son évêque, en fit le refuge suprême de la chrétienté ; luttant entre autre contre l’hérésie donatiste il réunit à Hippone trois conciles en 393, 395 et 427. Saint Augustin mourut pendant le siège (430) qui dura quatorze mois, et la ville fut en partie détruite.

 


Après un siècle de domination, les Vandales en furent chassés par l’armée byzantine. L’Hippone byzantine, restaurée et retrouvant une partie de son ancienne splendeur, se maintînt jusqu’au VII° siècle ; elle fut progressivement abandonnée par les Arabes envahisseurs qui, après l’avoir pillée et incendiée, s’étaient installés dans ses ruines, lui donnant selon El Bekri le nom de Medina Zaoui, jusqu’au jour où ils fondèrent, à 2 kilomètres de là, en partie avec les débris, la nouvelle Hippone, c’est-à-dire Annaba.


Annaba (Hippo Regius) : Vue du site - Au premier plan, le marché avec ses 4 colonnes et la base circulaire de sa rotonde
[037-1980-30] Annaba (Hippo Regius) : Vue du site - Au premier plan, le marché avec ses 4 colonnes et la base circulaire de sa rotonde

Quartier "des villae du front de mer"

 

Les vestiges "des villae du front de mer" appartiennent, dans l'ensemble, à une luxueuse domus construite à la périphérie de la ville et dont on peut suivre partiellement l'évolution sur au moins deux siècles. Ils marquent une période d'extension du tissu urbain au-delà de la muraille en grand appareil qui devait en fixer la limite au Ier siècle de notre ère. De par la richesse de son décor et la variété des techniques de construction, cette domus demeure l'une des plus importantes d'Hippone, mais à aucun moment il n'est possible d'en dresser un plan complet.

La mosaïque dite d'Amphitrite recouvre le sol du triclinium (salle à manger) de la domus. Celle-ci représente l'un des thèmes de prédilection des mosaïstes africains et de leurs commanditaires : le voyage triomphal de Vénus marine, portée par deux tritons et entourées de son cortège de Néréides et de monstres marins (comme à Bulla Regia). De la mosaïque, très endommagée dès la découverte, la figure la plus visible est la Néréide nimbée tenant un tympanon et abreuvant la panthère marine qui la porte à une phiale (coupe rituelle) remplie de vin rouge.

 

Amphitrite est une Néréide fille de Nérée et de Doris. Déesse de la mer et des monstres marins elle vivait près de son père au fond de l'océan. Elle menait une vie heureuse en dansant et chantant loin des conflits qui occupaient l'Olympe et le monde des hommes. Les dauphins et les tritons étaient ses compagnons de jeu. Elle était généreuse et se servait de ses pouvoirs pour protéger les marins.
Un jour, Poséidon la vit danser sur les flots et en devint amoureux. Il voulut l'approcher et lui faire part de ses sentiments mais la belle prit peur et s'enfuit. Elle s'enfuit auprès du Titan Atlas.
Il demanda à Delphinos le dauphin de plaider sa cause auprès d'Amphitrite et il le fit si bien que la belle accepta de l'épouser. Poséidon pour récompenser Delphinos le plaça au rang des astres de la constellation du Dauphin.
Les époux eurent trois enfants. Un fils Triton et une fille qui donna son nom à l'ile de Rhodes et Benthésicymé qui alla s'établir en Éthiopie.


Annaba (Hippo Regius) : Plan des grands thermes du Nord
Annaba (Hippo Regius) : Plan des grands thermes du Nord

Grands thermes du Nord

 

Les grands thermes du Nord se trouvent sur un terrain plat, à environ 150 mètres au Nord des "villae du front de mer". Ce bâtiment présente un piler pour l'essentiel construit en briques posé sur des assises de gros blocs qui, avec un angle du mur de scène du théâtre, est le seul vestige encore en élévation sur une hauteur de plus de 10 mètres.

Les grands thermes du Nord ont un plan en forme de quadrilatère de 75 mètres de longueur pour 60 mètres de largeur. Avec une superficie de 2 000 m² auxquels il faut ajouter les annexes, cette construction correspond à un édifice de taille moyenne. Sa partie périphérique reste mal connue.

Du point de vue fonctionnel, ces thermes présentent un dispositif semi-symétrique organisé à partir d'un axe passant par le frigarium (F) qui, à lui seul, a une superficie de 450 m². Ce dernier est flanqué de chaque côté d'absides dont trois sont dotées d'une piscine froide. Cette même disposition se retrouve dans les édifices de type impérial (comme à Djemila, Timgad, Bulla regia, Carthage, Dougga, Makthar, Sbeïtla, Thuburbo Majus). Au total, quatre pièces principales et une pièce chauffée ont été reconnues.

Cet édifice a été construit entre 211 et 217 après J.-C., a été élevé pour la cité et dédié à l'empereur Septime Sévère.


Forum

 

La partie exhumée du forum comporte en son centre une vaste esplanade rectangulaire bordée par des galeries sur les côtés Est, Ouest et Nord. L'area, qui mesure 42 mètres sur 75 mètres, est recouverte par les vestiges d'un dallage constitué de blocs calcaire gris bleu. Une dédicace de C. Paccius Africanus, pontife, consul, proconsul, patron du municipe d'Hippone, permet de situer la mise en place de ce revêtement vers les années 78-79 après J.-C.. Les lettres qui composent l'inscription antique se développent sur deux registres et ne s'étendent plus aujourd'hui que sur une longueur de 19 mètres. La récupération du dallage a fait disparaître une grande partie de l'inscription. Il faudrait restituer une dizaine de mètres pour  obtenir  le développement initial du texte. Le dallage central est composé de blocs de forme carrée ou rectangulaire qui dessinent des laies d'un mètre de largeur. Bien que mesurant 20 centimètres d'épaisseur, les pierres sont disposées de telle sorte qu'elles ne sont séparées que par des joints millimétriques.

 

D'une manière générale, la colonnade du forum repose sur un stylobate surélevé de deux degrés par rapport au niveau de l'area, et réalisé dans le même calcaire gris que cette dernière. Large de 1 mètre à 1,10 mètre, le stylobate supporte directement les bases des colonnes sur les branches Ouest et Nord de la colonnade tandis que les colonnes de la galerie Est reposent sur des socles. Sur la longueur de la galerie ont été dénombrés vingt-cinq colonnes ou vestiges de colonnes, à peu près régulièrement espacés. Les vestiges de la colonnade comprennent les socles, bases, fûts et chapiteaux, tous réalisés en marbre blanc et gris de provenance locale, mais on ne compte en revanche aucun vestige de l'entablement.


Annaba (Hippo Regius) : Fontaine dite de "la Gorgone"
[072-1978-36] Annaba (Hippo Regius) : Fontaine dite de "la Gorgone"

Fontaine

 

Les fontaines sont sans doute parmi les monuments les plus emblématiques. Les fouilles révèlent sur l'emprise de l'espace public au moins trois constructions de ce type.

 

La première a été repérée en 1936 " à l'embranchement de deux rues" en bordure du decumanus. C'est la découverte d'un masque de Gorgone à la bouche ouverte qui en signale l'emplacement. Taillé dans un marbre blanc, le bloc mesurait une hauteur d'un mètre environ. Sa disparition prive aujourd'hui le chercheur et le visiteur d'une œuvre originale unique. De plan rectangulaire (6 m x 4 m), la fontaine était surmontée d'une citerne construite en briques avec une façade ornée d'un bassin constitué de plaques de chancel (clôture basse) décorées (hauteur : 0,70 m), dispositif particulier à l'Afrique du Nord.


Voies

 

Plusieurs rues sinueuses étaient bordées de boutiques, de fontaines, de bâtiments publics et d'habitations. Quant à l'évacuation des eaux usées, elle est ici traitée avec le plus grand soin, comme le montrent bon nombre de rues où s'aperçoit, sous le dallage de gneiss, un réseau d'égout sophistiqué.


Annaba (Hippo Regius) : Basilique de la Paix (ou basilique Majeure)
[072-1978-39] Annaba (Hippo Regius) : Basilique de la Paix (ou basilique Majeure)

Quartier chrétien

Basilique de la Paix (à trois nefs)

 

Lorsque Augustin devint prêtre à Hippone en 391, la communauté catholique y comptait deux églises urbaines principales. ... La basilique de la Paix ou basilique Majeure a été le théâtre de deux événements qui, à plus de trente ans de distance, ont encadré toute la vie sacerdotale d'Augustin. En septembre 393, encore prêtre, il y a prononcé le discours dogmatique devant les évêques réunis en concile plénier et, le 26 septembre 426, il y a réglé sa propre succession en faisant acclamer par le peuple le nom du prêtre Eraclius. Entre-temps, il y a prêché bien des sermons.


Basilique Saint-Augustin vue depuis le site d'Hippone

 


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Sources

Textes :

"Algérie", Les Guides bleus, Hachette, 1977

Amphitrite est une Néréide et déesse des monstres marins, mythologie.ca

Xavier Delestre, Hippone, Edisud/Inas, 2005

 

Plans :

Hippo Regius, Plan du site, jahiliyyah.wordpress.com

Yvon Thébert, Thermes romains d'Afrique du Nord et leur contexte méditerranéen, Publications de l'École

française de Rome, 2003

 

Photos : 1978 - 80