L’abbaye de Silvacane, dite autrefois abbaye de Sauvecanne, est une abbaye cistercienne située dans la commune de La Roque-d'Anthéron, dans le département français des Bouches-du-Rhône en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.


Elle a été fondée en 1144 par des moines venus de l'abbaye de Morimond.


Avec Sénanque et le Thoronet, Silvacane fait partie des trois abbayes cisterciennes de Provence appelées les « trois sœurs provençales » qui témoignent du grand rayonnement de l'ordre cistercien en Provence.
C'est la plus récente des trois et la seule qui n'ait pas retrouvé une activité conventuelle.



13 - La Roque d'Anthéron - Plan de l'abbaye de Silvacane - France
13 - La Roque d'Anthéron - Plan de l'abbaye de Silvacane

[ 1] Église abbatiale

[ 2] Tombeau

[ 3] Escalier du clocher

[ 4] Escaliers vers le dortoir des moines

[ 5] Armarium (Bibliothèque)

[ 6] Sacristie

[ 7] Salle capitulaire

[ 8] Escalier vers le dortoir à l'étage

[ 9] Couloir vers le jardin des moines

[10] Salle des moines (Chauffoir)

[11] Cheminée

[12] Cloitre : galeries

[13] Cloitre : préau

[14] Restes du lavabo

[15] Réfectoire

[16] Chaire du lecteur


L'Abbaye de Silvacane développe un art dépouillé, en accord avec la spiritualité cistercienne.

L’abbatiale présente un plan traditionnel en croix latine, tournée vers l’Est. Elle est composée d’une nef centrale, de deux bas-côtés et d’un transept dont les bras sont pourvus de chapelles à chevet plat.
Les voûtes en berceau brisé descendent jusqu’aux arcades médianes, assurant une acoustique incomparable. De nombreux Festivals de musique y sont d’ailleurs programmés.
Le collatéral Sud abrite la tombe de Bertrand des Baux et de son épouse Tiburge.

La croisée du transept, couverte d’une des premières croisées d’ogives de Provence méridionale, marque une évolution du style roman vers le gothique.
Le décor sculpté demeure volontairement limité afin de ne pas détourner le moine de la prière. Il est réduit aux volumes soulignés par la pierre elle-même et au thème de la feuille d’eau qui orne les chapiteaux, rappelant le lien avec Cîteaux.
Dans le bras Nord du transept, un escalier permet l’accès au dortoir, seule pièce située à l’étage ; Dans cette vaste salle voûtée en berceau brisé, les moines dormaient sur de simples paillasses reposant directement sur le sol.
Le cloître, cœur de l’Abbaye, formé de quatre galeries voûtées en berceau, est entouré par les bâtiments conventuels traditionnels.
La salle capitulaire ou salle du chapitre, où les moines lisaient tous les matins un chapitre de la règle de Saint Benoît présente des voûtes sur croisée d'ogives ; le sol plus bas que celui du cloître accentue l'intimité du lieu.
La dernière salle de cette galerie est le chauffoir ou salle des moines, couverte de voûtes sur croisée d’ogives, seule pièce possédant une cheminée, où s’effectuaient la copie des manuscrits et les travaux de couture. Le cellier, situé sous le chauffoir, servait de lieu de réserve et de stockage.
Face au lavabo du jardin du cloître se trouve le réfectoire couvert de hautes voûtes sur croisée d’ogives. La pièce est éclairée par la rosace occidentale et les fenêtres hautes à lancettes trilobées. Les vitraux, les chaises et la barre de cristal pour l'ancienne chaire du lecteur ont été créés par le sculpteur Sarkis en 2001. Dans cette salle où les moines prenaient leur repas, l'un d'eux était désigné pour lire un passage de la Bible, installé dans la chaire du lecteur.


L'église abbatiale [ 1]

 

L’abbaye de Silvacane est construite sur un terrain qui présente une forte déclivité. L’église est située sur la partie haute et son collatéral Sud est plus élevé que le niveau du sol de la nef.

Contrairement à ses sœurs provençales, Silvacane possède, en façade, un portail ouvrant sur la nef centrale. Un oculus et trois baies percent cette façade. Conformément aux autres églises abbatiales, deux portent donnent chacune sur un des bas-côtés ; une baie s’ouvre au-dessus d’elles.

Le portail n’était ouvert, exceptionnellement, que pour des personnages importants. Au-dessus de la porte, un arc en plein cintre est fait de voussures taillées en escalier ornées de deux tores. Des colonnes qui l’encadraient, il ne reste que les chapiteaux. Au tympan, un écusson représentant l’agneau pascal, blason des chanoines d’Aix qui ont repris la gestion de l’abbaye en 1455.

La nef, de trois travées inégales, est voûtée en berceau brisé, soutenu par des arcs doubleaux reposant sur des colonnes engagées sur dosseret. Selon une tradition cistercienne, ces colonnes ne vont pas jusqu’au sol mais s’appuient sur des culots. De chaque côté, les collatéraux, larges de plus de 5 mètres, sont voûtés en demi-arcs légèrement outrepassés (arcs rampants).

Le chœur est orienté à l’Est et se compose d’une abside à fond plat. Une rosace et trois baies l’éclairent. Elle est flanquée de quatre absidioles, elles aussi à fonds plats, ouvertes deux à deux, sur chacun des bras (croisillons) du transept. Ces chapelles sont voûtées en croisées d’ogives.


13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Caveau de Bertrand des Baux et de son épouse Tiburge (XII° - XIII°)
[NU003-2017-051] 13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Caveau de Bertrand des Baux et de son épouse Tiburge (XII° - XIII°)

Le pourrissoir de Bertrand des Baux [ 2]

 

C’est le caveau "pourrissoir" le plus célèbre de Silvacane. Il est visible dans le collatéral Sud de  l’abbatiale. Restauré dans les années 1940, il n’a pas fait l’objet d’étude archéologique. Il est traditionnellement attribué à la famille provençale des Baux. Après avoir été interdit par les premiers statuts du nouvel Ordre, l’accueil des défunts laïcs est finalement favorisé afin de renforcer les liens unissant Cisterciens et réseaux aristocratiques. L’abbatiale s’ouvre ainsi aux civils lors de certaines célébrations comme les messes d’enterrement.

 

Un lieu de repos insolite : "Le pourrissoir"

 

Ces tombes appartiennent à une catégorie particulière de caveau au nom évocateur, le "pourrissoir". Le défunt repose sur des barres de pierre ou de bois traversant le caveau. En se décomposant au fil du temps, les os tombent entre les barres. A la fin du processus, le compartiment supérieur, à nouveau vide, est prêt à accueillir un nouveau corps.


13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : L'Armarium - France - Abbaye cistercienne
[NU003-2017-099] 13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Les deux seules ouvertures de l'Armarium donnent sur l'une des galeries du cloître

L'Armarium [ 5]

 

Dans l’architecture cistercienne ancienne, l’armarium est une pièce de petite dimension se situant entre l’église abbatiale et la salle capitulaire, et débouchant directement dans le cloître. Celui-ci abritait les manuscrits et les livres d’usages liturgique, usuellement utilisés par les moines. L’armarium possédait souvent un placard extérieur de rangement, à proximité de la porte d’entrée de l’abbatiale.


Dans cette petite pièce voûtée, dont le mot latin a donné naissance au mot « armoire », étaient rangés et conservés les livres de prière et d’étude que les moines copiaient dans le scriptorium (ou "chauffoir", salle située au nord-est de cette galerie).

 

Les moines cisterciens se servaient notamment de ces ouvrages pour la lecture commune, qui avait lieu le soir dans la galerie Sud du cloître (parallèle à l’église), appelée galerie de la Collation. En effet cette lecture, qui rassemblait la communauté, était généralement tirée des Collationnes (ou Conférences), ouvrages consacrés à la vie monastique, écrits par le moine Jean Cassien (né entre 360 et 365 – mort entre 433 et 435 à Marseille).


D’après l’inventaire de 1269, cette bibliothèque a contenu jusqu’à 102 ouvrages traitant de sujets tels que la médecine, la géométrie, la musique, l’astronomie, ainsi que les œuvres d’auteurs classiques comme Platon, Horace et Aristote.


La salle capitulaire [ 7]

 

Cette salle, où s'assemble la communauté, est éclairée, côté cloître, par la porte encadrée par deux baies géminées et par trois hautes fenêtres à vitraux dans le mur du fond. Six voûtes sur croisées d'ogives la couvrent. Elles sont reçues, au médian de la pièce, par deux colonnes. L'une composée de quatre colonnettes accolées, l'autre ornée de cannelures torses. Dans les murs, ogives et doubleaux reposent sur des culots. La colonne torsadée est une restitution. Les gradins, de pierres ou de bois, qui cernaient la pièce ont disparu.

 

Chapiteaux et culots sont décorés de feuilles d'eau au dessin épuré. Les ogives sont à double tore et les doubleaux à simple tore.

 

Symboliquement, cette salle importante représente le pouvoir de l’abbé sur l’ensemble des moines. En les réunissant au quotidien, il exerce une autorité souveraine en faisant respecter la règle de Saint Benoît.

 

C’est la salle où se réunit chaque jour la communauté religieuse du monastère. Autour de son abbé, chacun écoute un chapitre de la règle de Saint-Benoît ; celle-ci en compte soixante-treize. C’est le seul endroit où il est autorisé de parler. C’est dans ce lieu que les moines prennent des décisions concernant la communauté. C’est ici aussi que se font les prises d’habits, les professions monacales et l’élection du Père Abbé. Les religieux prennent place sur des gradins, le Père Abbé au centre de la pièce. Les lieux sont propices à l’écoute, car l’acoustique y est excellente grâce aux nervures de pierre de la voûte d’arête. On peut ainsi y parler sans effort…


Escalier (de jour) vers le dortoir à l'étage [ 8]

 

Entre Silvacane, Le Thoronet et Sénanque, les dortoirs sont les parties qui se ressemblent le plus. Ils se situent en étage, dans le prolongement du transept, au-dessus de la salle du chapitre et de la salle des moines. Ils possèdent un escalier de nuit, accès direct à l'église, côté transept, et un escalier de jour qui s'ouvre dans le sol et descend vers le cloître.

 

La voûte est en berceau brisé soutenue par des arcs doubleaux de section rectangulaire, portés par des culots ; une corniche court tout autour de la pièce. Sur les deux longueurs, des fenêtres en plein cintre et à large embrasure sont fermées de vitraux. A l'Ouest, une porte permettait de passer sur la terrasse du cloître. Une porte s’ouvrait au Nord sur les latrines.

 

A l'origine, les moines dormaient à même le sol sur des paillasses. Ensuite, dès le XIII° siècle des séparations en bois puis en pierre ou en briques furent établies par endroits ; à Silvacane, les restaurations n'en ont pas gardé la trace.


13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Salle des moines ou salle du chauffoir - Au fond, la fenêtre à meneaux et ses cousièges - France
[NU003-2017-089] 13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Salle des moines ou salle du chauffoir - Au fond, la fenêtre à meneaux et ses cousièges

 

Salle des moines (Chauffoir) [10]

 

Comme au Thoronet et à Sénanque, salle des moines et chauffoir sont confondus. L'hiver, c'était la seule pièce chauffée du monastère, hormis la cuisine. Les moines s'y réfugiaient pour de menus travaux, pour écrire ou pour lire lorsque le temps ne permettait pas de fréquenter le cloître ; c'est pourquoi cette salle dispose d'une grande cheminée construite dans l'encoignure Nord-Est de la pièce. La lumière y pénètre par deux baies percées dans le mur Est et, tout contre la cheminée, par une fenêtre à meneaux avec des bancs maçonnés, qu'on appelle cousièges, aménagés dans l'embrasure. Cet aménagement est sans doute plus récent que la construction.

 

La salle est couverte par six voûtes sur croisées d'ogives et arcs doubleaux. Elles sont portées, au médian de la pièce, par deux fortes colonnes à chapiteaux ornés de feuilles d'eau et reçues, contre les murs, par des triples colonnes engagées.

 

 

Un cousiège est un banc ménagé dans l’embrasure d’une fenêtre par un ressaut de la baie. Forme courante dans les constructions médiévales, il est souvent en pierre, intégré à la maçonnerie, revêtu de bois, de coussins. …


[NU003-2017-073] 13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Cloître - Reconstitution d'une baie - France
[NU003-2017-073] 13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Cloître - Reconstitution d'une baie abritant deux baies ogivales séparées par deux colonnettes et surmontées d'un oculus

 

Le cloître [12] [13]

 

Le cloître est un lieu où les moines aiment se recueillir, méditer, lire et déambuler, toujours en silence, dans les rares moments vacants entre les offices et les temps de travail. De plan rectangulaire, il se compose d'un préau - le jardin - cantonné de quatre galeries.

 

C'est autour de lui que s'organise l'espace du monastère et que sont distribués les bâtiments. C'est également la plaque tournante des circulations : que le frère rentre ou sorte du carré monastique, qu'il se rende à l'église, au chapitre, au jardin, au chauffoir, au réfectoire ou au dortoir, il passe par le cloître.

 

A Silvacane, les galeries sont couvertes de voûtes en berceau plein cintre soutenues par des arcs doubleaux. Placé au centre du préau, on admirera le rythme puissant des arcades percées dans les murs épais : six arcades côtés Est et Ouest, et cinq côtés Nord et Sud.

 

 

Une arcade du cloître a été reconstituée, en 1960, avec des colonnes trouvées sur place, afin de nous restituer l'aspect d'origine. Cintrée en berceau, elle forme une baie géminée délimitée par des colonnettes jumelles. Le tympan est percée d'un d'un oculus.


13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Cloître - Restes du lavabo - France
[NU003-2017-065] 13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Cloître - Restes du lavabo

Restes du lavabo [14]

 

Devant la porte qui donne accès à l’aile Nord du cloître, on distingue les restes d'un majestueux lavabo. Les moines s’y lavaient les mains afin de les purifier avant de toucher le pain, un symbole sacré.

 

Ce lavabo en pierre, nettement plus modeste que celui de l'abbaye de Valmagne, de forme circulaire, est décoré d’anneaux et de colonnettes, sur lesquelles viennent prendre appui des arcatures trilobées.


Seule la moitié de la grande vasque a été restituée, le pavillon couvert qui devait protéger la fontaine a disparu. Ce lavabo était alimenté par une source située à l’Est de l’abbaye, qui s’est soudainement arrêtée de couler en avril 2005.


Les moines se servaient de cette eau pour leur toilette, leur lessive, mais aussi pour des cérémonies comme la tonsure ou le lavement hebdomadaire des pieds.

Dans la galerie Nord se déroulait la cérémonie du mandatum. Cette coutume remontait à Saint Benoit. Les cisterciens l'observaient à la lettre : chaque samedi, deux religieux de service de cuisine lavaient les pieds des moines, comme Jésus-Christ le fit pour les apôtres le Jeudi Saint. Ce rite était suivi d'une lecture spirituelle, appelée collation, puis de l'office  des complies.


13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Le réfectoire (XV° siècle) - France
[NU003-2017-076] 13 - La Roque d'Anthéron - Abbaye de Silvacane : Le réfectoire (XV° siècle)

 

 

Le Réfectoire [15]

 

Construit entre 1420 et 1423, le réfectoire affirme un style nettement gothique. Vaste (25 mètres de long sur 7,90 mètres de large), éclairé par trois hautes fenêtres géminées, une grande rosace et un oculus, il est voûté de croisées d'ogives en quatre travées et bénéficie d'un décor soigné.

 

On sent dans cette salle que les principes d'austérité et de pureté qui ont présidé à la construction des premiers bâtiments de l'abbaye se sont altérés ; nous sommes déjà loin, au XV° siècle, des idéaux des premiers cisterciens.

 

Autre originalité de ce réfectoire, il a conservé, quasi intacte, la chaire du lecteur avec son escalier aménagés, sous une arcade, dans l'épaisseur du mur. Les moines prenaient leurs repas en commun et en silence, mais en écoutant un frère lire des textes saints.

 

Chaque chapiteau finement ouvragé portant les ogives et les arcs doubleaux s'appuie sur un tronçon de colonne formant culot.


Extérieurs

 


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Sources

 

Textes :

Abbaye de Silvacane, abbaye-silvacane.com

Abbaye de Silvacane, Signalétique des lieux

Abbaye de Silvacane, fr.wikipedia.org

Les Témoins du passé – L’Abbaye de Silvacane, jeanmarieborghino.fr

 

Texte/Plan :

Les 3 sœurs provençales : le Thoronet Silvacane,Sénanque, Serge Panarotto, Éditions édisud, 2010

 

Photos numériques :  2017