Les célèbres eaux thermales de Hammam Meskoutine (Aquae Thibilitanae), dans la région de Guelma, était déjà utilisées par les Romains.

 

 

On y rencontre encore, çà et là, des restes de piscines antiques, ménagées dans le roc ou maçonnées ; d'autres ont été détruites depuis l'occupation française.

 

Les ruines les plus intéressantes sont : 1° un bassin allongé, à ciel ouvert, de 52 mètres de long sur 7 à 9,40 mètres de large ; 2° un bâtiment qui présente actuellement trois salles, dont deux sont pourvues d'absides. L'une de ces salles est couverte d'une voûte d'arêtes, les deux autres, de berceaux.


Les eaux de Hammam Meskoutine, qui remontent à un âge géologique très reculé, ont dû être connues et employées par les hommes dans toute l’antiquité ; toutefois, les différents peuples qui ont occupé successivement le territoire sont loin de nous avoir laissé tous des traces sérieuses de leur passage.

 

Les monuments les plus anciens que l’on ait trouvés sur les lieux sont de l’époque punique. Ce sont trois petites stèles à sculpture naïve, faisant partie aujourd’hui du musée archéologique qui se trouve dans le jardin de l’établissement thermal ; de monuments ou d’édifices à l’usage des bains, il n’en est pas question ; il faut arriver à la période romaine pour trouver des traces d’installation sérieuse ; là, les archéologues ont trouvé, et trouveront encore, ample moisson de documents historiques de toute nature ; rien n’y manque, établissements thermaux considérables, travaux de défense et d’art militaire, habitations de plaisance, établissements agricoles, pierres votives, etc.

 

Une noce pétrifiée

 

En arrivant à Hammam Meskoutine, on peut voir à droite de la route une rangée de cônes de pierre assez élevés.

 

Une légende locale révèle que ceci représente une noce pétrifiée par Dieu, car il s’agissait d’un inceste, un frère épousant sa sœur. Les cônes tiennent la place du marié, de la mariée et des invités du cortège. C’est la légende qui est à l’origine de ce nom de « bains des damnés » et non pas la chaleur de l’eau, comme on serait tenté de le croire.

 

« La tribu tout entière, hommes, femmes, enfants, vieillards, était accourue à ce spectacle et poussait des clameurs qui ressemblaient plutôt à des malédictions qu’à des cris d’allégresse. Tout à coup, au moment suprême où le marabout Abdallah, plus mort que vif, venait de placer la main de Kassem sur la tête de sa sœur, le soleil se voila ; un éclair fendit la nue et tous les éléments furent bouleversés. Le feu de l’enfer sortit des entrailles de la terre, les rivières s’élancèrent hors de leur lit et, au milieu des convulsions de la nature révoltée, une nuit profonde se répandit sur la campagne.

Le lendemain, quand le soleil éclaira l’horizon, la tribu des Beni-Khelifa n’existait plus.

L’impie Kassem, sa sœur Fatmah, le marabout Abdallah, les tolbas (psalmodieurs du Coran), tous les gens de la noce étaient restés pétrifiés, au lieu même où avait failli s’accomplir le plus exécrable forfait.

 

Chacun peut encore voir aujourd’hui, en parcourant ce sol maudit, les témoignages vivants de la vengeance céleste,  mais, que le vrai croyant y prenne garde et ne se hasarde pas dans un tel endroit sans recommander son âme à Dieu ; car, lorsque vient la nuit, chaque pierre reprend sa forme primitive, la noce endiablée recommence, les danses continuent, on entend dans le lointain une musique infernale, et malheur à celui qui se laisserait entraîner dans cette ronde satanique : il irait augmenter le nombre des pierres qui couvrent le plateau du Bain des Maudits. »


Les sources ferrugineuses carbonatées calciques émettent d’épaisses colonnes de vapeur, à une température exceptionnellement élevée de 94 à 98°.

 

Ces eaux, fournies par dix sources fort abondantes (500 litres/seconde), déposent en se refroidissant les carbonates de chaux qu’elles contiennent en dissolution. Il en résulte d’immenses amas calcaires. Les plus beaux sont ceux de la cascade, qui est la merveille de Hammam Meskoutine. De considérables dépôts anciens couvrent une énorme superficie, hérissée de cônes rocheux qui marquent les points de jaillissement des anciennes sources. En contrebas de la cascade, les eaux se réunissent pour se déverser dans l’Oued Chedakra et entretenir une végétation luxuriante.

 

Ces eaux ont de précieuses propriétés radioactives, surtout efficaces dans le traitement des affections rhumatismales, arthrites, etc. Pour les utiliser, les Romains avaient fondé le centre d’Aquae Thibilitanae.



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Sources

Textes :

"Algérie", Les Guides bleus, Hachette, 1977

A. Piot, Trois saisons à Hammam-Meskoutine 1890-1891-1892, Société d'éditions scientifiques, 1893

Stéphane Gsell, Les monuments antiques de l’Algérie, Tome I, Albert Fontemoing - Editeur, 1901

 

Photos : 1978 - 1981