TT 69, la tombe de Menna à Thèbes

 

TT 69 Menna - Vallée des nobles - Egypte
Menna

 

Menna exerce la fonction de ""Scribe des champs du seigneur du Double Pays"" sous Thoutmôsis IV (Dates de règne : 1401/00-1390), ce qui doit correspondre à une fonction de géomètre ou d'archiviste, un scribe du cadastre en quelque sorte. Parmi ses missions figurent le bornage des champs et l'estimation de la récolte - et donc des impôts - après que l'inondation se soit retirée, sources de conflits permanents avec les paysans.



Dans les inscriptions de la chapelle, Menna porte les titres suivants :
""Le favori du dieu bon (= pharaon), le scribe, le superviseur des labours""
""Grand confident du Seigneur des Deux Terres""
""Les yeux du roi dans toutes ses places""
""Le scribe, superviseur des travaux des champs""


TT 69 Menna - Vallée des nobles - Egypte
TT 69 : Plan de la tombe de Menna

La tombe adopte un plan classique en "T" inversé. À partir de la cour rectangulaire, on emprunte un court passage qui conduit à une grande salle transversale perpendiculaire. Elle est divisée en deux ailes, Nord et Sud, séparées par une zone médiane. Au milieu du mur Ouest, directement en face de l'entrée, se trouve l'ouverture qui, par un autre très court passage, mène à la seconde partie, plus intime, du monument : la salle longitudinale, qui s'étend d'Est en Ouest et se termine par une niche dans le mur du fond qui contient les maigres restes d'une statue du couple. En examinant les mesures, on se rend compte que la tombe est de forme légèrement irrégulière.
Il existe deux chambres funéraires situées dans le sous-sol rocheux. L'entrée de la première se fait par un puits qui se trouve dans l'aile transversale Sud ; il débouche dans le plafond (côté Est) d'une pièce orientée Est-Ouest, qui mesure 3 mètres de long et un peu moins de 1,50 mètre de large. L'entrée de la seconde se fait au bout de la pièce longitudinale, par un passage en pente descendante, d'abord rectiligne vers la droite, puis tournant à 90° pour aboutir à une petite pièce orientée également Est-Ouest, mesurant 2 × 1,50 mètre, peut-être destinée à Menna lui-même. Ces deux pièces sont closes.


Vues de quelques scènes ornant les parois de la tombe (TT 69)


LA SALLE TRANSVERSALE

 

Elle est composée de deux ailes Sud (gauche) et Nord (droite), perpendiculaires à une zone centrale qui suit l'axe longitudinal principal du monument. Ainsi le décorateur disposait de six parois pour disposer, en registres et sous-registres, les scènes en rapport avec les activités terrestres de Menna. Le décor de la salle transversale a beaucoup souffert, en grande partie à cause des visiteurs qui, durant des siècles, y ont pénétré sans contrôle.

 

AILE SUD

Elle comporte deux murs longs (Est et Ouest) de 4,30 mètres et un mur de fond (Sud) de 1,75 mètre. La hauteur est de 2 mètres environ. En haut de la paroi, on trouve sous la bande de rectangles colorés, une frise composite formée d'un motif végétal doublé, en haut et en bas, par des motifs géométriques qui, en bas, consistent en simples sphères rouges. Le décor est consacré, sur quatre registres, aux travaux des champs. À l'extrémité gauche, les registres se réduisent à deux, occupés par Menna.


Registre supérieur (mur n°2 du plan de la tombe) :
Menna est assis à gauche devant deux registres consacrés aux récoltes et à leur contrôle, ainsi qu'aux déplacements qu'impliquent sa fonction.


Sous-registre supérieur
Comme celui du bas, il est divisé en trois : offrandes, scène d'arpentage, récompense et punition, complété une nouvelle fois par l'image de Menna assis.


Scène d'arpentage
Elle est très célèbre et figure dans de nombreux ouvrages parlant des géomètres. Elle occupe une large partie centrale du registre. Il s'agit d'une part, de reconnaître les bornes de chaque champ, d'autre part de déterminer la portion de la récolte qui appartient au domaine d'Amon et qui va être prélevée au titre des taxes. Une nouvelle fois trois arbres (avec de nombreux œufs dans des nids, et un oiseau) surplombent la scène, dans l'espoir - vain - de donner une ébauche de perspective. L'artiste a aussi essayé de varier la représentation du champ : certains épis sont plus grands que d'autres, ou sont courbés ; des mauvaises herbes vertes sont visibles.

 

Les arrivants
Il n'y a pas moins de cinq scribes pour accompagner les arpenteurs. Ils portent tous un pagne tripartite recouvert d'une sorte de tablier bouffant, et une ample chemisette translucide et tiennent en main leur palette. Ceux de l'arrière tiennent en plus la haute canne qui symbolise leur autorité et sans doute leur rang supérieur. Tous sauf un ont subi des dommages volontaires.
Deux assistants procèdent à la mesure proprement dite à l'aide d'une longue corde ; tous deux transportent par ailleurs de la corde de réserve. Ils sont seulement vêtus d'un pagne et leur tête est rose et lisse : soit ils sont rasés, soit ils portent une calotte. Deux adolescents accompagnent les arpenteurs, celui qui se trouve le plus à gauche transporte le matériel d'un scribe.

 

Le comité d'accueil
En face, nous trouvons sur le côté droit un homme et sa femme, qui accueillent les nouveaux venus en leur offrant des présents. Il s'agit sans doute du responsable du champ (pas nécessairement propriétaire, puisque le champ est censé faire partie du domaine d'Amon). L'homme porte le même pagne que "l'aveugle". Dans un petit panier, il apporte un pain conique blanc ; dans l'autre main, il tient un objet formé d'épis tressés, en rapport avec la déesse Renenoutet et les moissons (on en trouve encore de nos jours en Haute Égypte). La femme, simplement vêtue d'une robe blanche collante, à une bretelle, et d'une perruque, tend un bol dont le contenu est indéfinissable, tandis que, de son autre main, elle stabilise le panier d'osier posé sur sa tête, dont le contenu est, là aussi, un mystère. On notera le manque de soin de la représentation qui ne comporte aucun détail.
Derrière le couple se trouvait un âne, qui a été si soigneusement martelé qu'on reconnaît sa silhouette. Il était guidé par un petit garçon qui tient une baguette dans sa main droite, tandis que la gauche, repliée, soutient un petit faon.


Au dessus de la scène on retrouve trois arbres qui marquent encore une fois la limite lointaine du champ, essayant ainsi de créer une perspective et l'idée d'une grande surface. Le vert des feuilles a quasiment disparu, mais on devine encore les nids et un oiseau est perché sur une branche.

Menna sur le départ, devant les responsables locaux
Menna, désigné comme ""Scribe des domaines du seigneur du Double Pays du Sud et du Nord"" est debout sous un édifice léger et tient deux instruments symboliques en main : la canne, qui témoigne de sa fonction, et le sceptre Kherep qui atteste de son pouvoir. Devant lui se trouvent deux sous-registres.


Sur celui du haut, quatre notables s'avancent, reconnaissables à leurs habits. Tous sont courbés, et le premier encore plus que les autres. Devant celui-ci se tient un serviteur : il puise dans la coupe d'albâtre à ses pieds un parfum ou un onguent dont il l'enduit. On remarquera que le haut des tuniques des notables est jaune, ce qu'on retrouvera fréquemment plus tard, dans les tombes ramessides ; cette couleur serait soit-disant due à la graisse parfumée qui coule des cônes d'onguent posés sur la tête des invités. Ici, chez Menna, il s'agit très probablement d'une métaphore pour expliquer que les responsables, dont Menna est satisfait, sont enduits du parfum qui se trouve dans le vase.


Sur le sous-registre du bas, au contraire, on montre ce qui arrive aux paysans qui ont tenté de frauder : la bastonnade !
À l'extrême droite, et finissant le registre, se trouve le bateau de Menna amarré au rivage, flottant sur une surface bleue. Il attend le retour du maître. Il va être chargé par les marchandises représentées dans un petit sous-registre.


Le bateau comporte un grand aviron de gouverne à la poupe, et une petite cabine à la proue, à côté de laquelle un homme monte la garde, un fouet à la main. La cabine centrale est entourée de tentures. Au-dessus d'elle sont représentés trois coffres en bois, jaunes et blancs, contenant sans doute les archives : les ronds doivent correspondre à des rouleaux de papyrus. Sur les coffres sont posés des objets verts avec, semble t'-il, une poignée. Leur nature nous échappe.


L'AILE NORD

 

Les murs latéraux sont longs de 3,96 mètres, le mur du fond est plus large que son vis-à-vis de l'aile Sud, avec 1,96 mètre ; la hauteur reste identique, un petit peu plus de 2 mètres. Le mur Ouest est en bien meilleur état que du côté Sud. Alors que certaines scènes de l'extrémité sud ont trait aux obligations civiles de Menna, du côté Nord, nous nous trouvons dans un contexte funéraire et rituel.

Mur Nord (au fond) (mur n°6 du plan de la tombe) :
Il mesure 1,96 mètre de large et 2,18 mètres de haut. On retrouve sur les bords latéraux la frise rectangulaire, doublée cette fois en haut par une nouvelle frise composite. La paroi est centrée par une représentation évoquant une stèle cintrée à fond blanc incluse dans une construction décorée ; l'ensemble est complété au pourtour par quatre scènes d'adoration.

TT 69 - Menna - Vallée des nobles - Egypte
[065-1981-14] TT 69 - Menna : Partie supérieure du cintre de la stèle (salle transversale)

La stèle
Elle est entourée d'une épaisse ligne bleue doublée de fines lignes noires. Elle est divisée en trois parties séparées par une épaisse natte : les divinités, le couple, les personnages secondaires. Sur le fond blanc, des lignes rouges de délimitation pour le texte ont été peintes, mais ce dernier n'a jamais été écrit.

Le cintre (partie supérieure de la stèle) :
Il est dominé par l'image du disque solaire ailé, le Behedeti. En dessous, la scène est symétrique par le milieu, les divinités se tenant dos à dos selon les points cardinaux.

À droite, face à l'Est, direction du soleil levant, nous trouvons deux divinités solaires, Rê-Horakhty et Hathor (ou Isis).

Devant eux se trouve un guéridon sur lequel est posée une aiguière nemset, tous deux en or, ainsi qu'une grande fleur de lotus. Le dieu solaire est assis sur un siège cubique posé sur le hiéroglyphe biseauté de Maat. Sa tête de faucon est coiffée d'une perruque tripartite surmontée d'un disque solaire rouge, lui-même entouré d'un cobra. Il porte un corselet ainsi qu'un collier d'or et un pagne blanc doublé d'un surpagne doré. La queue de taureau rituelle pend de sa ceinture bleue. Dans la main droite, il tient un signe de vie, et dans la gauche un sceptre ouas.
La déesse Hathor se tient derrière Rê ; son caractère solaire est confirmé par le disque qui surmonte sa perruque. Elle est vêtue d'une robe rouge moulante, d'un collier et d'armilles ; elle tient d'une main un sceptre ouas, l'autre a disparu, tout comme la partie inférieure de son corps.


À gauche, face à l'Ouest, le royaume des morts, nous trouvons la Déesse de l'Occident qui veille sur Osiris assis ; devant eux se tient Anubis.

La déesse, vêtue comme Hathor, est reconnaissable au hiéroglyphe de l'Ouest posé sur un pavois qu'elle porte sur sa perruque. Cette dernière est doublée d'un serre-tête blanc avec une plume fichée à l'arrière.
Osiris a presque disparu, mais on reconnaît le haut de sa couronne atef, ainsi que les deux insignes de pouvoir qu'il brandit, le fouet et la crosse. Comme Rê, il est assis sur un siège cubique et, devant lui, se trouvent une aiguière sur un guéridon et une grande fleur de lotus. Anubis à tête de canidé, qui fait face au couple, est presque intact. Il est habillé comme Rê, et tient en main un signe de vie et un fouet.


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Sources

Texte :

Osirisnet, Tombes de l'Égypte antique, osirisnet.net

 

Plan :

TT 69, Mnn (Menena oder Menna), semataui.de

Photos : 1981