Le site archéologique de Carthage est un site dispersé dans la ville actuelle de Carthage (à proximité de Tunis) et classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1979.
Il est dominé par la colline de Byrsa qui était le centre de la cité punique. Aujourd'hui, il se distingue par la silhouette massive de la cathédrale Saint-Louis édifiée, à la fin du XIX° siècle, à l'emplacement présumé de la sépulture du roi Louis IX de France (saint Louis) qui y mourut au cours de la huitième croisade. À proximité de la cathédrale, en face de cette tombe vide dont les restes ont été rapatriés en France, se trouvent les vestiges du plus important quartier de la ville. Il n'en subsiste que quelques fondations et quelques fragments de colonnes, mais on peut y mesurer la puissance qui émanait alors de la cité : dimensions immenses, grands espaces, vues panoramiques et organisation des rues.


Carthage (Carthago) : Plan du site
Carthage (Carthago) : Plan du site

 

 

Pendant plus d'un millénaire, la cité de Carthage se place au premier plan de l'histoire en tant que carrefour de civilisations, du fait de sa situation géographique.

 

La cité est, selon la tradition, fondée par Didon (également dénommée Élyssa) en 814 avant J.-C., soit une soixantaine d'années avant sa rivale, Rome, qui finira par la surpasser. La cité essaime rapidement, créant diverses colonies et affrontant les colonies grecques, notamment en Sicile. Celles-ci, particulièrement Syracuse et Agrigente, porteront la guerre sur les terres puniques au début du V° siècle avant J.-C. puis à la fin du IV° siècle avant J.-C..

Les premières relations avec Rome sont pacifiques, comme l'attestent les traités conclus en 509 avant J.-C. puis en 348 avant J.-C. et 306 avant J.-C., qui garantissent à Carthage l'exclusivité du commerce depuis l'Afrique et l'absence de pillage contre les alliés de Rome en Italie. Les épisodes dénommés guerres puniques voient l'antagonisme s'étendre sur plus d'un siècle, de 264 à 146 avant J.-C.. À son terme, même si le sel n'a pas été répandu sur le sol ainsi que la légende le relate, la destruction de la ville est totale et une malédiction jetée sur son site. Singulièrement, cette cité au sol déclaré sacer, c'est-à-dire maudit, a pu renaître et devenir un foyer essentiel de diffusion de nouveautés culturelles, artistiques et spirituelles même si elle n'en était pas le berceau originel.


Le complexe hydraulique romain de Zaghouan-Carthage associe trois composantes : les captages de quatre sources principales avec dotation d'un cadre monumental, le nymphée connu couramment sous l'appellation de « temple des eaux », d'une grande valeur archéologique, un aqueduc de 132 kilomètres courant en général à fleur de terre ou en parcours souterrain et dont de nombreux tronçons marquent à ce jour le paysage en de nombreux endroits, avec des arcades de plus de 20 mètres de hauteur, et les citernes de stockage de la Malga à Carthage, auxquelles il faut ajouter les grands thermes publics de Carthage, dits thermes d'Antonin, situés en bord de mer et qui constituaient le but ultime et l'aboutissement de l'ensemble. Construit au début du II° siècle après J.-C., ce complexe a depuis marqué le paysage jusqu'à aujourd'hui et a connu une longévité exceptionnelle puisque, de nos jours encore, une bonne partie de ses canalisations est toujours fonctionnelle.

 

Les grandes citernes romaines, près du hameau de La Malga, frappent par leurs dimensions inusitées. Ce sont d'énormes constructions aujourd'hui partiellement éventrées et, pour certaines, utilisées comme remises, au nombre de quinze, jadis alimentées par un aqueduc construit sous Adrien et qui amenait à Carthage les eaux de Zaghouan.

Les citernes de La Malga formaient le point d'arrivée principal des aqueducs qui alimentaient la cité, dont le fameux aqueduc de Zaghouan. Celles-ci, dont la contenance a été estimée entre 50 et 60 000 m3, étaient reliées au vaste complexe des thermes d'Antonin par des canalisations surtout souterraines utilisant la forte déclivité du terrain.


Les Thermes d'Antonin :

 

Les Thermes d'Antonin venaient, par leurs dimensions, au troisième rang après les thermes impériaux de Caracalla et de Dioclétien. Ils occupent la partie basse d'un terrain en pente douce vers le rivage auquel ils sont parallèles. Précédés, sauf du côté de la mer, d'une esplanade bordée d'un portique, ils comportaient deux niveaux : la partie publique, où se trouvaient les bains et salles de réunion, était à la hauteur de l'esplanade actuelle ; elle a totalement disparu et l'on ne découvre aujourd'hui que les sous-sols, jadis utilisés pour tout ce qui était nécessaire au fonctionnement de l'établissement.

Construits en 145 - 162, les thermes d'Antonin furent détruits par les Vandales qui craignaient de voir la population de Carthage en faire une forteresse pour leur résister. Longtemps ensevelis sous les décombres, ils ne furent dégagés qu'à partir de 1945.

Initialement, la grande salle du frigidarium était ornée de huit colonnes de granit de 1,60 mètre de diamètre surmontées de gigantesques chapiteaux corinthiens : on a retrouvé l'un d'entre eux ; haut de 1,80 mètre, il pèse plus de quatre tonnes.
L'anastylose d'une colonne du frigidarium par une mission archéologique tunisienne pendant la campagne internationale menée par l'Unesco (1972-1992) donne une idée de la magnificence des lieux à l'apogée de la ville romaine, les voûtes disparues s'élevant à une hauteur supérieure à 29 mètres.

L'anastylose est un terme archéologique qui désigne la technique de reconstruction d'un monument en ruines grâce à l'étude méthodique de l'ajustement des différents éléments qui composent son architecture.


L'Antiquarium :

 

C'est une villa romaine du III° siècle, partiellement reconstituée en 1960 pour abriter un petit musée. Nommée "Maison de la Volière" en raison d'une mosaïque qui y fut découverte, celle-ci occupe, avec tout le quartier qui l'entoure, l'emplacement d'une nécropole punique des III° et II° siècles avant J.-C.. La terrasse qui permet de découvrir une très belle vue sur Carthage, Sidi Bou Saïd et le champ de fouille voisin, est ornée de colonnes provenant d'une cour à péristyle, d'inscriptions, de fragments de sculptures et de petits pavements de mosaïques.

La mosaïque des chevaux est une mosaïque d’époque romaine, de douze mètres sur neuf environ, trouvée en 1960 sur le site archéologique de Carthage, non loin du monument énigmatique connu sous le nom d’édifice à colonnes. Elle est déplacée par la suite dans le parc archéologique des villas romaines, à proximité immédiate de la villa dite « de la volière ».

Une bordure de 90 centimètres, décorée d'enfants chasseurs, entoure la mosaïque en forme d'échiquier comportant 198 cases disposées en 18 rangées de 11 cases. Les panneaux de mosaïque, comportant 12 à 18 tesselles au décimètre linéaire, sont en marbre, calcaire et pâte de verre de divers coloris. Parmi les marbres utilisés, les seuls identifiés sont du marbre jaune de Chemtou et du marbre blanc-rosé veiné, provenant peut-être de Thuburbo Majus selon Lézine.

 

Détail de trois panneaux :

- Equipement d’un oiseleur, bâtons, cage et faucon - Le nom du cheval était Auceps (oiseleur) ou Venator (chasseur)
- Sparsor avec une cruche à la main - Le sparsor était un personnage chargé, lors des courses équestres du cirque romain, d'asperger d'eau les attelages afin de les rafraichir.
- Cheval et une louve sous laquelle se trouvent deux enfants, peut-être les jumeaux Romulus et Rémus


La basilique de Damous El Karita, sur le plateau de l'odéon (théâtre couvert), a été dégagée en 1878 par le père Delattre, l'un des premiers à avoir fouillé le site. Il s'agit du premier monument chrétien découvert à Carthage, et l'on suppose que le nom actuel provient d'une déformation du latin domus caritatis (maison de la charité).


Les recherches intensives qui ont eu lieu afin de trouver tombeaux et inscriptions paléochrétiennes ont dépouillé le monument, et ses vestiges ne sont guère impressionnants. De surcroît, fouillé jusqu'au sol vierge, il a fait l'objet de restaurations intempestives en 1930. Fort heureusement, des documents antérieurs ont permis d'identifier les diverses phases du bâtiment, dont le premier état semble dater de la fin du IV° siècle. Immense édifice au commencement (mesurant 65 mètres sur 45 avec neuf nefs et onze travées pour l'espace central), le site se compose, outre la basilique, d'un baptistère et d'un ensemble pouvant avoir abrité des moines. Dans son dernier état, le monument est très réduit (trois nefs et cinq travées uniquement), dénotant une forte dégradation.

De l'amphithéâtre d'une capacité de 30 000 personnes qui aurait vu le martyre des saintes Perpétue et Félicité le 7 mars 203 - tradition selon toute vraisemblance erronée, les chercheurs s'accordant à placer cet événement dans un autre lieu, un amphitheatrum castrense dont la localisation est inconnue -, il ne demeure que l'arène (66,70 mètres sur 36,70 mètres), le reste ayant disparu en raison des pilleurs de monuments qui ont sévi à Carthage pendant plus d'un millénaire. On ne peut guère que s'appuyer sur les descriptions enthousiastes des visiteurs du Moyen Âge, dont Al Idrissi :

" Au sommet de chaque arcade est un cartouche rond, et sur ceux de l'arcade inférieure on voit diverses figures et représentations curieuses d'hommes, d'artisans, de navires, sculptées sur la pierre avec un art infini. Les arcades supérieures sont polies et dénuées d'ornements. "

Situé sur la colline de Junon, l'édifice à colonnes correspondait à une fonction à ce jour inconnue. Les archéologues ont dégagé des colonnes corinthiennes jumelées alors que le sol est pavé de mosaïques. Ils envisagent deux hypothèses pour son utilisation comme édifice civil : soit en tant que basilique civile, soit en tant que palestre de thermes dits de Gargilius dont il serait le dernier vestige.


On a pu déterminer une activité religieuse pour l'époque byzantine, certains historiens s'accordant à en faire l'un des lieux essentiels lors de la condamnation du donatisme par saint Augustin en 411.
À proximité immédiate du monument a été mise au jour en novembre 1960 la mosaïque des chevaux, exposée dans le parc archéologique des villas romaines (Antiquarium).

Le Tophet, ou sanctuaire de Tanit et Baal Hammon, est le plus ancien lieu de culte punique de Carthage.


C'était, à l'origine, un sanctuaire de tradition phénicienne, consistant en une simple enceinte où l'on vénérait une pierre sacrée où résidaient les forces naturelles qu'il s'agissait de se concilier. Les sacrifices furent d'abord dédiés à Baal Hammon (le Kronos des Grecs, le Saturne des Romains), puis, à partir du V° siècle, Tanit, déesse tutélaire de la cité, lui fut associée et même mentionnée en premier lieu sur les stèles. Le zèle religieux des Carthaginois pour ces holocaustes s'amoindrit à partir du IV° siècle, certainement sous l'influence des idées grecques ; il se ravivait cependant lors des crises graves, comme ce fut le cas en 310-307 avant J.-C., lorsque 500 enfants furent immolés pendant le blocus de la ville par Agathocle, épreuve imposée, disait-on, pour châtier Carthage des coupables relâchements qu'avait montré l'aristocratie en substituant des victimes animales à leurs enfants.


Basilique de Damous El Karita - Amphithéâtre - Tophet


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Sources

Textes :

"Tunisie", Les Guides bleus, Hachette, 1977

Le complexe hydraulique romain de Zaghouan-Carthage, unesco.org

Mosaïque des chevaux de Carthage, wikipedia.org

 

Textes/Plan :

Site archéologique de Carthage, wikipedia.org

 

Photos : 1981