Akrai est une colonie grecque fondée par les Syracusains au VII° siècle avant J.-C., à proximité de l'actuelle Palazzolo Acreide, en Sicile.

 

Akrai a été fondée vers 664 avant J.-C. par des Grecs venant de Syracuse, attirés dans la haute vallée de l’Anapo par la fertilité de la région, à une quarantaine de kilomètres de Syracuse. Mais l'occupation humaine du site remonte au Paléolithique.

 

Akrai a été construite au sommet d'un plateau protégé par des flancs escarpés, permettant l'observation des territoires environnants. Situé entre la vallée de l'Anapo qui arrose Syracuse, et celle du Tellaro qui se jette dans la mer près d'Heloros, le site a par conséquent une grande importance stratégique pour maitriser la pointe Sud-Est de la Sicile.

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Akrai (Acre) : Plan du site
Akrai (Acre) : Plan du site

Akrai est une étape de l'expédition de Dion de Syracuse contre le tyran Denys le Jeune. Elle connait son apogée au III° siècle sous Hiéron II, à la suite du traité de paix avec les Romains. Restée sous la dépendance de Syracuse, la cité n'a jamais battu monnaie.

Conquise par Rome (211 avant J.-C.), Akrai passe sous l'administration romaine sous le nom latin de «Acre», comptant parmi les cités stipendiaires, c’est-à-dire soumises à l’impôt romain.

Acre passe par la suite sous la domination byzantine, accueille une forte communauté chrétienne aux IV° et V° siècles, et est détruite par les Arabes, probablement en 827. 


Le Decumanus [01]

 

La rue principale d’Akrai, mise en évidence sur une longueur d’environ 250 mètres, représente le passage principal (decumanus) de l’ensemble du tracé urbain. D’une largeur moyenne de 4 mètres, elle est constituée de pavés polygonaux en pierre de lave et traverse la ville d’Est en Ouest, reliant les deux portes principales ouvertes dans les remparts de la ville : la porte de Selin0nte à l’Ouest et la porte de Syracuse à l’Est. À intervalles réguliers de 25 mètres, correspondant à la largeur de chaque îlot urbain, les petites rues (cardines), d’environ 3 mètres de large, le traversent ; elles ne sont pas parfaitement orthogonales à la rue, mais ont une légère inclinaison Nord-Ouest/Sud-Est. Il s’agit probablement d’une astuce pour contrer les vents froids du Nord. Le decumanus date de l’époque romaine, mais suit l’ancienne agora de l’époque grecque.


Akrai (Acre) : Le Bouleutérion
[NU927-2023-6428] Akrai (Acre) : Le Bouleutérion

 

Le Bouleutérion [02]

 

Le bouleutérion (III° siècle avant J.-C) est situé sur la partie occidentale du théâtre. Sa cavea, orientée à l'Ouest, est incluse dans un rectangle de 8,65 × 8,15 mètres ; elle contient 5 rangées de gradins représentant une capacité de 80 à 100 personnes.

 

Le bouleutérion est le bâtiment où, dans les cités de la Grèce antique, se réunissait la boulè, le conseil, assemblée restreinte de citoyens chargés des affaires courantes de la ville.


Le bouleutérion pouvait porter un autre nom : par exemple, synédrion à Messène ou encore gérontikon à Nysa. En termes modernes, on dirait qu'il s'agissait de la salle de réunion du conseil municipal. Il faut la distinguer de l'ekklesiasterion où se tenait l'assemblée générale des citoyens.


Akrai (Acre) : Plan du théâtre et du bouleutérion
Akrai (Acre) : Plan du théâtre et du bouleutérion

Le Théâtre [03]

 

Le théâtre grec d’Akrai a été construit sous le règne de Hiéron II (III° siècle avant J.-C.), mais il a été modifié pendant la période romaine et byzantine. La forme actuelle est due à la restauration et aux réparations effectuées par Barone Gabriele Judica dans les années 1820. La pente naturelle du terrain a été exploitée pour la construction de la cavea, divisée en 9 secteurs verticaux par 8 escaliers, pouvant contenir 700 spectateurs. Le théâtre est orienté vers le Nord et il est de forme parfaitement semi-circulaire, une caracté-ristique qui le distingue des autres théâtres grecs de Sicile. La scène hellénistique (logeion) est parfaitement alignée sur le diamètre de l’orchestre. Ce dernier a probablement été pavé à l’époque romaine et, à cette même époque, a également été construite une petite salle quadrangulaire dans l’angle Sud-Est.


Akrai (Acre) - Latomia dell'intagliatella : Pinax (Le relief représente une libation et une scène de banquet)
[NU927-2023-6420] Akrai (Acre) - Latomia dell'intagliatella : [05] Pinax (Le relief représente une libation et une scène de banquet)

Latomia dell'intagliatella [04]

 

La carrière (latomia) appelée « Intagliatella », en forme de « L », borde le côté oriental du plateau d’Akrai. Comme la carrière voisine de l’Intagliata, cette latomie a été utilisée depuis la fondation de la ville pour extraire des blocs de calcaire. À l’époque hellénistique (entre le III° et le Ier siècle avant J.-C.), elle devient le lieu de culte des défunts considérés comme des héros. Les façades de la carrière montrent des dizaines de niches quadrangulaires utilisées pour placer de petits reliefs votifs (pinakes) en pierre, en terre cuite ou en bois. Dans certains cas, ils ont été peints sur fond plâtré. Sur la face Ouest de la carrière, un seul grand pinax est exceptionnellement conservé, car il a été réalisé en taillant la roche. Le relief représente une libation et une scène de banquet. À partir du III° siècle après J.-C., et jusqu’à l’époque byzantine, la carrière a été utilisée comme lieu de sépulture, avec des arcosolies (tombes formées d'une niche creusées dans le tuf), des hypogées et de petites catacombes distribuées le long des parois. A partir de l’époque byzantine, certains d’entre eux ont été transformés en habitations pour les plus pauvres.

 

Latomia dell'intagliata [06]

 

À l’Est du plateau de la ville se trouvent les « latomies », à partir desquelles les habitants d’Akrai ont extrait les blocs de pierre utilisés pour construire des bâtiments publics. La carrière « Intagliata », de forme elliptique, est la plus grande (50 mètres (Est-Ouest) et environ 100 mètres (Nord-Sud)). L’entrée de cette carrière était située au Nord, près du théâtre. À l’époque hellénistique (entre le III° et le Ier siècle avant J.-C.), la région est devenue un lieu de culte pour les actes héroïsés, comme en témoignent les dizaines de niches quadrangulaires creusées dans les faces des latomies, à l’intérieur desquelles se trouvaient de petits reliefs votifs (pinakes) en pierre, en terre cuite ou en bois.

 

Au cours de la période romaine, probablement à partir du III° siècle après J.-C., l’activité minière a cessé, et la carrière a été exclusivement utilisée comme nécropole avec des arcosolies, des chambres funéraires et des hypogées, principalement sculptés dans l’angle Sud-Ouest. Ici, à l’intérieur de deux petites catacombes, certains sépulcres se distinguent des autres par la structure architecturale particulière appelée « baldacchino » (avec baldaquin).

 

À l’époque byzantine (à partir du VI° siècle après J.-C.), certaines de ces catacombes ont été utilisées comme habitations. Dans la zone Nord de la carrière, de nouvelles salles en forme de quadrilatère à toit plat reliées entre elles ont été construites. En fait, les carrières étaient devenues le lieu de résidence des classes les plus pauvres qui les occupèrent au moins jusqu’au IX° siècle quand, après la conquête arabe, la ville fut définitivement abandonnée.


L'Acropole [07]

 

Nous connaissons les trois temples d’Akrai grâce à une inscription trouvée par Barone Gabriele Judica. Les trois temples sont respectivement dédiés à Aphrodite, Artémis et Korê. Les vestiges du temple dédié à Aphrodite ont été identifiés au sommet de l’acropole. De nos jours, on ne peut voir que quelques blocs de pierre ordinaires et quelques traces du terrain plat où ces blocs ont été posés. Le temple d’Aphrodite, dont la construction remonte à la seconde moitié du VI° siècle avant J.-C., était un temple dorique (18,30 x 39,50 mètres) avec 6 colonnes sur le côté court et 13 sur le côté long. Sur le devant, il y avait une double rangée de six colonnes. Au fil des siècles, les pierres de construction ont été enlevées et utilisées pour construire de nouvelles maisons quand, après la conquête arabe, la ville s’est déplacée vers l’Est. À l’époque hellénistique (111 avant J.-C.), dans la zone située entre le temple d’Aphrodite et le théâtre, un sanctuaire dédié à Déméter et Korê a été construit. On y accédait par un portique (stoa) à l’Est. Il se composait d’environ 25 pièces. Celles de la zone centrale étaient peut-être destinées aux rites purificatoires, les salles restantes aux sacrifices d’animaux, à la cuisson sacrificielle de la viande et à son stockage. Dans ce sanctuaire, les rites de la « Thesmophorie » étaient pratiqués exclusivement par des femmes eugheneis (bien nées), gametal (bien mariées) et astai (citoyennes de plein droit).

 

Les Thesmophories commémorent l'enlèvement de Perséphone (Korê) par Hadès et son retour auprès de sa mère Déméter.


Sources

 

Textes :

Akrai, fr.wikipedia.org

Bouleutérion, fr.wikipedia.org

Signalétique locale

 

Plan/Texte :

Frank Sear, Roman theatres - An Architectural Study, Oxford University Press, 2006

 

Plan :

Mappa Akrai, commons.wikimedia.org

 

Photos numériques :  2023