L’abbaye Sainte-Marie de Fontfroide est une abbaye cistercienne située sur le territoire de la commune de Narbonne, dans le département de l'Aude en France.

 

Dans un contexte de remise en question du monachisme chrétien, différents ordres monastiques apparaissent entre le XI° et le XII° siècle car les religieux souhaitent retrouver l'esprit de la règle de Saint Benoît (VI° siècle). Ainsi, l'ordre cistercien se développe durant le XII° siècle depuis l'abbaye de Cîteaux (Bourgogne, 1098), essentiellement grâce à Saint Bernard de Clairvaux (décédé en 1153).

 

Fontfroide, fondée en 1093, rejoint, quant à elle, cet ordre en 1145.


La communauté de Fontfroide progresse rapidement. Grâce à de nombreuses donations seigneuriales et malgré un ralentissement au début du XIII° siècle, le domaine foncier s'étend pour atteindre 30 000 hectares entre Béziers et l'Espagne. Cette période faste dure jusqu'à la moitié du XIV° siècle.


La peste noire, qui atteint Narbonne dès février 1348, va emporter la quasi-totalité de la communauté.


Du XV° siècle à la Révolution Française, Fontfroide vit sous le régime de la commende (1476). Ce système complexe confie la gestion financière sans fonction liturgique à des "abbés" commendataires, nommés par le pape, puis après le concordat de Bologne (1516), par le roi de France. Surtout, ce système attribue à son titulaire le bénéfice des revenus de l'abbaye, lequel ne reverse souvent que le minimum à la communauté. Celle-ci s'appauvrit et diminue en nombre. Il ne reste plus que sept moines en 1594 qui perçoivent plus ou moins la moitié des revenus de l'abbaye (mense conventuelle). L'autre moitié va aux abbés commendataires (mense abbatiale).

Trois familles accaparent ainsi une partie des bâtiments et les réaménagent : la famille des Narbonne-Lara de 1476 à 1531 ; la famille italienne des Frégose entre 1548 et 1646 et la famille des La Rochefoucauld entre 1667 et 1717.


F - 11 - Fontfroide : Plan de l'abbaye
11 - Fontfroide : Plan de l'abbaye

Abbaye de Fontfroide

 

[  1   ] : Cour d'honneur

[  2   ] : Réfectoire des Convers

[  3   ] : Cour de Travail (ou Cour Louis XIV)

[  4   ] : Ruelle des Convers

[  5   ] : Cloître

[  6   ] : Église Abbatiale

[  6b] : Chapelle des Morts ou Saint-Bernard

[  7   ] : Salle Capitulaire (ou Salle du Chapitre)

[  8   ] : Dortoir des Convers - Grand escalier

[  9   ] : Cellier et Porte romane

[10   ] : Chapelle des Étrangers

[11    ] : Roseraie

[12   ] : Jardins en terrasses


Cour d'honneur [ 1]

La cour d'honneur est aménagée entre le XVI° et le XVIII° siècle. Au premier étage, des logis abbatiaux remplacent les deux tiers d'un ancien dortoir (fenêtres à meneaux de style Renaissance).


Le porche et l'arcature à trois baies "classiques" sont installés au XVIII° siècle. Les Frégose font probablement aménager des Jardins à l'italienne derrière le mur Ouest (XVI° / XVII° siècle).

Alphonse Snoeck a restauré les lions de la grille de la cour d’honneur, mais aussi l’impressionnant bassin de Neptune dans les jardins en terrasse.


Réfectoire des Convers [ 2]

Les abbayes cisterciennes abritent des moines et des frères convers. Selon la règle de Saint Benoît, les moines ne doivent pas quitter l'enceinte du monastère et par conséquent ne peuvent pas aller travailler sur les exploitations fermières où l'on produit tout ce qui est nécessaire à la vie autarcique du monastère (élevage, agriculture, viticulture...).


Pour remplir les tâches agricoles au sein de ces granges, l'ordre systématise l'emploi des "frères convers". Ces derniers, d'origine paysanne et illettrés, ont des obligations liturgiques réduites : un office seulement le samedi, le dimanche et les jours de fêtes religieuses (contre sept à huit heures de prières et d'oraisons quotidiennes pour les moines).


Ce réfectoire construit à la fin du XII° siècle peut recevoir jusqu'à 200, peut-être 250 convers à son apogée. Au Moyen Âge, le réfectoire est beaucoup plus sombre. Les trois grandes ouvertures sont postérieures au XV° siècle.

 

A l'origine, on pénètre ici par la petite porte jouxtant la cheminée. Cette cheminée de style Renaissance vient du château des ducs de Montmorency à Pézenas, détruit au XVII° siècle. Gustave Fayet l'ajoute au début du XX° siècle, à titre purement décoratif. Ce réfectoire n'a jamais été chauffé ; en effet, au Moyen Âge, les seules parties chauffées d'un monastère sont la forge, les cuisines, la boulangerie, le scriptorium et l’infirmerie, mais les réfectoires et les dortoirs ne le sont pas. Les grilles en fer forgé au motif de pampres sont également installées par Gustave Fayet au début du XX° siècle.


Cour de Travail (ou Cour Louis XIV) [ 3]

La fondation d'un monastère coupé du monde nécessite la proximité immédiate de bois, de pierre et surtout d'eau. Fontfroide est un exemple type de ces abbayes construites en fond de vallon : ces trois éléments essentiels y sont présents dès l'origine.

Au Moyen Âge, cette cour abrite des ateliers : la forge, la menuiserie, la boulangerie centrées autour du puits, véritable citerne où coule une eau très froide, origine toponyme du nom "Fontfroide" (fons frigides).

La pierre utilisée dès l'origine pour construire l'abbaye est essentiellement du grès. Bien que résistante, elle reste sensible aux variations climatiques et thermiques. La variété de couleurs s'explique par l'exposition au soleil et l'exploitation de différentes carrières au fil du temps. La cour prend son aspect actuel rectangulaire et de style "classique" à la fin du XVIII° siècle, quand il ne reste plus que quelques moines et plus aucun frère convers.


F - 11 - Fontfroide : Ruelle des Convers - Départ du Grand escalier menant au dortoir
[NU002f-2016-0350] 11 - Fontfroide : Ruelle des Convers - Départ du Grand escalier menant au dortoir

 

 

 

 

Ruelle des Convers [ 4]

En venant de la cour de travail, vous trouvez à droite l'entrée du réfectoire des convers. La porte lui faisant face est celle des cuisines transformées en salon au XVIll° siècle, tout comme le réfectoire des moines. Les cuisines font office de passe-plats entre les deux réfectoires.


Le couloir longeant le cellier, appelé "ruelle des convers", marque la frontière entre les bâtiments conventuels et les bâtiments des convers. Il permet aux frères convers d'accéder au cellier et de se rendre à l'église sans déranger l'office chanté par les moines, installés dans la partie opposée de la nef.

 

Très peu d'abbayes cisterciennes ont conservé leur ruelle. Celle-ci, voutée en demi-berceau est unique !


Cloître [ 5]

Le cloître est le cœur de la vie spirituelle (église au Sud) et matérielle (cuisines, réfectoire des moines et scriptorium au Nord). Il sert non seulement de galerie de service mais aussi de promenoir, de lieu de méditation et de lecture.


Dans la galerie Sud, deux bassins de pierre servent à la cérémonie du mandatum, le lavement des pieds, pratiqué chez les cisterciens chaque samedi.


Un premier cloître roman, couvert d'une charpente en bois, est remanié et surélevé au XIII° siècle selon les techniques gothiques (voûtes à croisées d'ogives). De grands oculi (yeux en latin) au centre des tympans viennent inonder le cloître de lumière et des colonnettes de marbre remplacent les colonnes de grès.


Cette perte de l'austérité originelle est la conséquence de l'extraordinaire expansion de Fontfroide qui va durer jusqu'à la moitié du XIV° siècle et permettre à l'abbaye de donner un pape à la chrétienté.


La tiare accrochée dans la galerie Ouest du cloître rappelle que Jacques Fournier, abbé de Fontfroide de 1311 à 1317, devint le troisième pape d'Avignon de 1334 à 1342, sous le nom de Benoît XII (il y lança la construction du célèbre palais pontifical).


F - 11 - Fontfroide : Porte romane d'entrée de l'abbatiale
[NU002f-2016-0427] 11 - Fontfroide : Porte romane d'entrée de l'abbatiale

 

 

Église abbatiale [ 6]

Les moines se rendent quotidiennement à l'église pour les prières fixées par la règle de Saint Benoît et selon la division romaine de la journée : vigiles (entre 2 et 3 h du matin), matines, laudes (à l'aube), prime, tierce, sexte, none (première, troisième, sixième et neuvième heure de la journée), vêpres (au crépuscule) et complies (avant le coucher). Une messe conventuelle, à laquelle toute la communauté assiste, a lieu entre tierce et sexe les dimanches et jours de fête. De toutes les églises cisterciennes édifiées dans la deuxième moitié du XII° siècle, l'abbatiale de Fontfroide est l'une des plus hautes ! (20 mètres de haut — 53 mètres de long).


Avec sa voûte en berceau brisé, elle constitue un remarquable exemple d'architecture cistercienne, au style sobre et épuré (transition du roman et du gothique).


Cinq chapelles ainsi qu'une tribune destinée aux religieux infirmes ou malades sont ajoutées au XIV° siècle. L'escalier présent dès l'origine, permet aux moines de descendre directement de leur dortoir pour les prières nocturnes.

 

Les vitraux de l’église

Loin de l'idéal d'austérité et de dépouillement cistercien, ne tolérant que des verres en grisaille, les vitraux actuels nous permettent d'imaginer ce qu'est la vie artistique de Fontfroide au début du XX° siècle.


Gustave Fayet après l'acquisition de l'abbaye décide de combler les ouvertures alors béantes par des vitraux très colorés. Il confie la tâche de réaliser ces vitraux à Richard Burgsthal, l'un de ses nombreux amis artistes, alors peintre et musicien de passage à Fontfroide dès 1908, et qui achève ses travaux après la mort de Gustave Fayet intervenue en 1925. Ils installent à Bièvres la "verrerie des sablons" où l'ensemble des vitraux de l'église est créé à partir de 1913.


Le style de ces vitraux, leurs couleurs éblouissantes, rappellent ceux des ballets russes qui triomphent à Paris en ce début du XX° siècle. De même, la grande rosace de la façade Ouest symbolise la création du monde, Dieu le Père apparaissant en majesté, entouré des signes zodiacaux.


Une série de cinq vitraux sur le collatéral Nord présente une certaine originalité par son thème et l'unité des teintes. Ils ne représentent pas des scènes de la vie de Saint Bernard, figure modèle des cisterciens mais quelques-unes de la vie de Saint François d'Assise, le fondateur des Frères Mineurs, dans un subtil jeu de tonalités vertes.


Chapelle des Morts ou Saint-Bernard [ 6b]

 

Cette chapelle est construite au XIII° siècle à la demande d'Olivier de Termes, un des plus fidèles bienfaiteurs de l'abbaye. Il lègue dans son testament la plupart de ses biens à l'abbaye après son décès.

 

Outre les vitraux contemporains réalisés en 2009 par Kim En Joong, la Chapelle Saint Bernard accueille d'autres pièces artistiques de qualité installées après l'acquisition par la famille Fayet (gisants, statues...) dont la croix de pierre ou calvaire, illustrée sur deux faces, d'un côté le Christ et de l'autre une Vierge au diadème.


Salle Capitulaire ou Salle du Chapitre [ 7]

Tous les matins, la communauté monastique se retrouve ici pour chanter « prime » (la première heure du jour). Assis autour du père abbé, les moines écoutent ensuite la lecture du martyrologe (évocation des saints à commémorer les jours suivants) avant celle d'un chapitre de la règle de Saint Benoît ou "capitula". Cette dernière lecture donne le nom de "chapitre" à l'assemblée et au lieu où elle se tient.


C'est également à cette occasion que le travail quotidien et la répartition des tâches sont établis et que les sujets relatifs à la vie de l'abbaye sont évoqués. La tenue du chapitre s'achève par la confession publique des manquements faits à la règle ou "mea culpa".


On retrouve dans la salle capitulaire les mêmes croisées que dans le transept ou le chœur de l'église. Au centre, neuf arcs romans et croisées de tores sont soutenus par quatre colonnes de marbre aux chapiteaux ornés de deux rangs de feuilles plates, représentation du « citel », le roseau d'eau des étangs de Bourgogne qui a donné son nom à Cîteaux.


F - 11 - Fontfroide : Depuis la ruelle des Convers, Grand escalier menant au dortoir des Convers
[NU002f-2016-0351] 11 - Fontfroide : Depuis la ruelle des Convers, Grand escalier menant au dortoir des Convers

 

 

 

 

 

 

Dortoir des Convers - Grand Escalier [ 8]

Le dortoir est à l'origine trois fois plus long. Les frères dorment sur des petits lits de bois avec une paillasse, deux couvertures, tout habillés et séparés par des petites cloisons de bois.


Le fond de cette vaste salle à voûte de grès rose en berceau brisé, sans aucun doubleau sur toute sa longueur, sert pour sa partie méridionale de grenier. Les convers montent les sacs de grains trop fragiles pour l'humidité du cellier dans ce qui subsiste du dortoir des convers après des transformations au XVIII° siècle.


Le grand escalier majestueux date du XVIII° siècle.

 

Les vitraux du Dortoir des Convers

 

Les quatre ouvertures rectangulaires ornées de curieux vitraux, voulus par Gustave Fayet, ménagent un peu de clarté. Elles sont visibles à l'extérieur par d'étroites meurtrières. Ces vitraux sont des compositions réalisées tels des puzzles à partir de fragments d'anciens vitraux, dont la plupart proviennent d'églises du Nord-Est de la France bombardées durant la Première Guerre Mondiale, principalement la basilique Saint Remy de Reims.


F - 11 - Fontfroide : Chapelle des Etrangers - Statue logée dans une niche
[NU002f-2016-0442] 11 - Fontfroide : Chapelle des Etrangers - Statue logée dans une niche

 

 

 

 

 

 

Chapelle des Étrangers [10]

Séparé de l'ensemble des bâtiments, cet édifice est le seul restant des débuts pré-cisterciens de Fontfroide.

 

C'est probablement la première chapelle de l'abbaye avant de servir à partir du XII° siècle de chapelle destinée aux visiteurs et aux pèlerins n'ayant pas accès à l'église abbatiale.

 

La chapelle des étrangers abrite aujourd'hui à l'étage la salle Gustave Fayet où sont exposées des œuvres du sauveteur de Fontfroide.


F - 11 - Fontfroide : Plan de la roseraie
[NU002f-2016-0438a] 11 - Fontfroide : Plan de la roseraie

Roseraie [11]

Au cœur de l'enceinte monastique, les jardins riches en senteurs se déclinent en terrasses plantées de rosiers, arbustes, buissons et fleurs de garrigue. Au pied de l'abbatiale, la nouvelle roseraie réhabilitée en 1990 suite à un très grave incendie, compte plus de 2500 rosiers avec 14 variétés différentes dont la Rose des Cisterciens et depuis 2013 une nouvelle variété spécialement créée pour l'Abbaye : la Rose de Fontfroide.

Un peu plus haut, l'enclos Saint Fiacre constitue un jardin des senteurs réunissant roses anglaises anciennes et plantes odorantes de la garrigue : chèvrefeuille, thym, lavande, romarin, genêt, citronnelle.


F - 11 - Fontfroide : Le char d'Apollon restauré par Alphonse Snoeck
[NU002f-2016-0446] 11 - Fontfroide : Le char d'Apollon restauré par Alphonse Snoeck

Le char d'Apollon

 

Restauré en 2011, le char d’Apollon trône fièrement dans le jardin à l’entrée de l’abbaye depuis 1908. Le sculpteur Alphonse Snoeck raconte sa passionnante restauration.

Il est là, tournant curieusement le dos au visiteur pour mieux être contemplé depuis les fenêtres du bureau, à l’emplacement même où Gustave Fayet l’a fait installer au moment de son rachat de l’abbaye en 1908. Le char d’Apollon y a une histoire à part. Cette imposante sculpture en terre cuite du XVIII° siècle provient du château de Vaux-Le-Vicomte. Elle a été rachetée par Gustave Fayet chez un antiquaire au début du XX° siècle. Elle a notamment inspiré la fresque Le Jour d’Odilon Redon dans la bibliothèque, qui symbolise la victoire de la lumière sur les ténèbres et des arts sur l’ignorance.

« Fayet a fait venir la sculpture en terre narbonnaise par train, puis par char à bœufs jusqu’à l’abbaye », raconte le sculpteur de Lagrasse Alphonse Snoeck, qui en a vu de toutes les couleurs avec cette œuvre. Originaire de Belgique, il s’est installé dans la région au milieu des années 80. «Nicolas d’Andoque m’a demandé un jour si je pouvais restaurer le char d’Apollon. Les morceaux étaient dans un local que tout le monde appelait l’infirmerie. C’est dire ce qui m’attendait ! », raconte aujourd’hui le sculpteur. Soumise aux intempéries, la sculpture a été envahie par la végétation et comprimée entre les lianes avant de se briser.

Les outrages du temps l’avaient transformée en un savant et incomplet puzzle auquel Alphonse s’est attelé minutieusement. « On a reconstitué la sculpture au fur et à mesure, il y avait pas mal de morceaux manquants. Heureusement on avait une photo, mais on ne voyait pas bien tous les détails », précise-t-il en dévoilant l’album souvenir de cette aventure qui a duré sept mois.

 

Épaulé par Mickaël Guillot avec qui il partage son atelier, Alphonse Snoeck retrouve le schéma complet de l’ensemble et constate qu’il manque des morceaux. « On a créé les manques pour les insérer dans l’ensemble en respectant la technique utilisée. Plusieurs moulages ont été réalisés d’après photo. Une oreille par ci, une patte ailleurs, un pied ou un bras », détaille-t-il. Apollon et Diane ont ainsi retrouvé fière allure et les chevaux tirant leur attelage caracolent à nouveau. Le sculpteur narbonnais Olivier Delobel a également participé à l’aventure.


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Sources

 

Textes :

Abbaye Sainte-Marie de Fontfroide, fr.wikipedia.org

Narbonne : l'incroyable restauration du char d'Apollon de l'abbaye de Fontfroide, lindependant.fr

 

Texte/Plan :

Plaquette Abbaye de Fontfroide, fontfroide.com

 

Plan :

Signalétique locale, fontfroide.com

 

Photos numériques :  2016