La mosquée d'Ibn Touloun, construite de 876 à 879 après J.-C., est le plus ancien témoin architectural intact de la civilisation musulmane en Égypte ; il n'en est pas le moins admirable, que l'on s'arrête à l'harmonie de ses proportions, à la grâce de sa décoration sur stuc, à la noblesse des gigantesques merlons qui dominent le mur d'enceinte.

 

La mosquée d'Ibn Touloun est sans doute la seconde plus ancienne mosquée d’Égypte et le seul monument subsistant d'al-Qata'i, la capitale de l'état toulounide fondée en 256 H /870 J.-C.



Le Caire - Plan de la mosquée Ibn Touloun
Le Caire - Plan de la mosquée Ibn Touloun

La mosquée d'Ibn Touloun

 

Son plan carré, de 26 318 m² de surface environ, est celui, traditionnel, des mosquées de congrégation de la région, avec leur cour centrale carrée.

 

Au centre de la cour se dresse une fontaine pour ablutions, innovation apportée par le sultan mamelouk Husam al-Din Lajin (r. 696-698 H / 1297-1299 J.-C.) en 697 H / 1296 J.-C.

Quatre portiques entourent cet espace, le plus important étant celui de la qibla qui compte cinq arcades, les autres deux seulement.

L'ensemble est entouré d'un haut mur sur les côtés Nord, Ouest et Sud.

Entre celui-ci et les constructions s'étend une zone ouverte appelée zyada, que l'on trouve également dans la Grande Mosquée de Samarra en Irak (237 H / 850 J.-C.) et la Grande Mosquée de Sousse en Tunisie (236 H / 851 J.-C.).

 

La mosquée d'Ibn Touloun, dont la surface, y compris la zyada, dépasse 26 318 m², entièrement réalisée en brique cuite, est une des plus grandes d’Égypte.

Les façades extérieures sont crénelées, les merlons évoquent des personnages en papier découpé. La partie supérieure des bâtiments est percée d'une rangée de fenêtres en arcs brisés. Dans les angles figurent de petites colonnes, qui ressemblent à celle du nilomètre (construit en 247 H / 861 J.-C.).

 

On trouve 19 portes rectangulaires à un battant. Le portique oriental, le plus décoré, sert d'appui à des mihrab datant des périodes toulounide, fatimide et mamelouke. Les arcs de l'arcade reposent sur des piliers en brique rouge, ornés en angle de colonnettes, style qui avait déjà fait son apparition dans la Grande Mosquée de Samarra. Une superbe décoration en stuc, faite de lignes sécantes entre lesquelles se déploie un décor de feuillage, orne les faces des arcs, leur intrados et les fenêtres à arcs.

 

La mosquée contient le plus riche ensemble de décor en stuc d’Égypte, qui reflète une forte influence des styles décoratifs de la Grande Mosquée de Samarra (capitale de l'état abbasside en 221-279 H / 863-892 J.-C.).

 

La partie haute des murs possède 128 fenêtres à arcs en stuc ajouré ; leur décor, tout en motifs géométriques et entrelacs végétaux, fait penser à celui de la Grande Mosquée de Damas (96 H / 714 J.-C.), réalisé en marbre. Des recherches ont montré que seules quatre de ces fenêtres datent de la période d'Ibn Touloun. Elles présentent en effet des éléments décoratifs spécifiques de cette période, en l'occurrence des cercles sécants. Les autres remontent aux périodes fatimide et mamelouke. Cet ensemble est l'un des attraits esthétiques de ce complexe, chaque fenêtre étant différente.

 

L'influence de la Grande Mosquée de Samarra est également évidente dans le minaret, qui se dresse dans la partie Ouest de la ziyada, et dont l'escalier en spirale est extérieur et non intérieur comme dans la plupart des mosquées.


Les extensions et modifications apportées par le sultan Husam al-Din Lajin en 696 H / 1297 J.-C. sont les plus importantes qu'ait connues la mosquée.

 

En 1263 H / 1847, elle fut transformée en refuge pour handicapés et personnes âgées, avant d'être restaurée entre 1890 et 1918, date à laquelle on supprima quelques ajouts récents. Le Haut Conseil pour les antiquités a entrepris en 2005 la restauration complète de l'ensemble.


Au milieu du mur de la Qibla se trouve le mihrab principal dont il reste la niche d’origine ainsi que les colonnes de marbre qui le flanquent de chaque côté, de même que la charpente et les écoinçons. Mais la garniture en marbre et en mosaïque est l’œuvre du Sultan Lâjîn.

A côté du mihrab se trouve la chaire qui fut construite par le Sultan Lâjîn. Elle consiste en une structure géométrique en bois dotée de panneaux gravés. C’est une des plus belles chaires que l’on puisse trouver dans les mosquées du Caire. Bien qu’un grand nombre des panneaux aient été remplacés, cette chaire demeure importante puisqu’il s’agit de la troisième plus vieille d’Égypte, la première étant celle de la mosquée du Monastère de Sainte Catherine sur le Mont Sinaï, faite sur ordre d’Al-Afdal Shâhinshâh durant le règne du calife fatimide Al-Âmir en 500 H (1106 J.-C.), et la seconde étant celle de la Mosquée d’Al-Atîq, à Qûs, construite sur ordre d’As-Sâlih Talâi en 550 H (1155 J.-C.).



Mosquée et madrasa de l'émir Sarghatmich

 

Ce monument est situé à côté de la mosquée Ibn Touloun.

C’est l'émir mamelouk Sayf al-Din Sarghatmich al-Nasiri (m. 759 H /1 358 J.-C.), au service du sultan al-Nasir Muhammad ibn Qalawun, qui fit construire ce bâtiment (757 de l'Hégire / 1356 J.-C.).


Le site était autrefois englobé à l'intérieur de la cité toulounide de Qata'i. L'édifice comprend une mosquée, un mausolée et une madrasa pour enseigner le rite hanafite de jurisprudence. Les influences persanes sont évidentes dans le dôme du mausolée, en forme de bulbe étiré à longue flèche.


 

Depuis les terrasses de la mosquée Ibn Touloun, vue sur les minarets des mosquées Sultan Hassan et Al Rifaï ainsi que sur la mosquée de Muhammad Ali Pacha.


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Sources

 

Texte/Plan :

Mosquée d’Ahmad ibn Touloun, Museum with no frontiers, Découvrir l'Art Islamique

 

Texte :

"Egypte", Les Guides bleus, Hachette, 1979

Mosquée de Ahmad Ibn Tulun, islamophile.org

Mosquée et madrasa de l'émir Sarghatmich, Museum with no frontiers, Découvrir l'Art Islamique

 

Photos (Jacques et Simon VONBANK) : 1973