Jusqu'au XI° siècle, Kairouan dont le nom signifie étymologiquement en arabe « caravansérail », a été un important centre islamique de l'Afrique du Nord musulmane, l'Ifriqiya.


Lors de la fondation de Kairouan en 670, le général et conquérant arabe Oqba Ibn Nafi (lui-même fondateur de la ville) choisit l’emplacement de sa mosquée au centre de la cité, à proximité du siège du gouverneur. En 836, Ziadet Allah Ier (817-838) fait reconstruire à nouveau, et pour la dernière fois, la mosquée ; c’est à cette époque que l’édifice acquiert, tout au moins dans sa globalité, l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui.

 


La mosquée Oqba Ibn Nafi :

 

Le minaret se dresse au milieu de la façade septentrionale, la plus étroite de l’édifice. Occupant le portique Nord de la cour, il fait face au portique Sud qui précède la salle de prière, et se positionne quasiment dans l’axe de celle-ci. Il domine la mosquée du haut de ses 31,50 mètres et se trouve assis sur une base carrée de 10,70 mètres de côté. Situé à l’intérieur de l’enceinte et ne disposant pas d’accès direct par l’extérieur, il est constitué de trois niveaux dégressifs superposés dont le dernier est coiffé d’une coupole.

 

Au tout début du XX° siècle, le poète autrichien Rainer Maria Rilke, qui évoque la place de Kairouan dans l’histoire musulmane, décrit son admiration pour l’imposant minaret :
« La ville est marquée par la Grande Mosquée. Jusqu’au XI° siècle, Kairouan fut un important centre islamique en Afrique du Nord. Existe-t-il un modèle plus beau que cette vieille tour, le minaret, encore conservé, de l’architecture islamique ? Dans l’histoire de l’art, son minaret à trois étages est considéré comme un chef-d’œuvre et un modèle parmi les monuments les plus prestigieux de l’architecture musulmane. »

Kairouan : Plan de la Mosquée Oqba Ibn Nafi
Kairouan : Plan de la Mosquée Oqba Ibn Nafi

Les proportions et les dispositions générales de la façade du portique Sud, qui s’ouvre sur la cour par treize arcs dont celui du milieu constitue avec les deux arcs plus petits qui le bordent, et auxquels il est soudé par le mur crénelé, une sorte d’arc de triomphe à trois baies couronné d’une coupole, forment ainsi un ensemble ayant « un air de puissante majesté » selon l’historien et sociologue Paul Sebag. De part et d’autre de ces trois baies centrales, la crête de la façade est percée d’ouvertures munies de gargouilles qui déversent dans la cour les eaux de pluie des terrasses.

L’ensemble formé par la cour et les galeries qui l’entourent couvre une aire immense aux dimensions de l’ordre de 90 mètres de longueur sur 72 mètres de largeur, s’étendant ainsi sur près des deux tiers de la superficie totale de la mosquée. La cour est revêtue de dalles de pierre dans sa partie Nord, alors que le reste du pavement est presque entièrement composé de plaques en marbre blanc.

La salle de prière et le portique Sud qui la précède comportent plus de 300 colonnes, dont 204 à l’intérieur de la salle à proprement parler. La mosquée, dans son ensemble, compte au total 546 colonnes. Celles de la salle de prière, prélevées sur des sites antiques du pays tels que Sufetula, Carthage, Hadrumetum et Simitthu, sont faites de marbres variés (blanc veiné, cipolin, onyx, plusieurs types de brèches, ...), de granites de différentes couleurs (blanc mêlé de noir, gris, rose, rouge, ...) ou de porphyre. Elles supportent des arcs qui sont le plus souvent en plein cintre outrepassés. La salle de prière offre l’aspect d’une forêt de colonnes ; une légende raconte qu’on ne pouvait les compter sans devenir aveugle. Les chapiteaux surmontant les fûts lisses des colonnes présentent une grande diversité de styles et de formes (corinthiens, composites, ioniques, en forme de tronc de cône ou de pyramide, ...). Certains chapiteaux ont été sculptés pour la mosquée, mais d’autres, les plus nombreux, proviennent d’édifices romains ou byzantins (datables du II° au VI° siècle), et ont été remployés.

Près du centre de la cour se trouve un cadran solaire horizontal à quatre gnomons *, auquel on accède par un petit escalier dont les marches et les contremarches sont en marbre blanc. Cet ouvrage, qui permet de déterminer les heures des cinq prières quotidiennes, porte une inscription en écriture naskhi, gravée sur la plaque en marbre blanc, qui donne le nom de l’artisan Ahmad Ibn Qâsim Ibn Ammâr Al-Sûsî, et la date de réalisation (1258 de l’hégire qui correspond à l’année 1842).


* : Un gnomon est un instrument astronomique servant à établir la hauteur du soleil. Celle-ci est déterminée par la longueur de l'ombre projetée par l'instrument sur une table le plus souvent plane. L'instrument est à l'origine un simple bâton planté verticalement dans le sol. Le mot gnomon est un mot latin venant du grec signifiant "indicateur".

Le cadran horizontal de la Grande Mosquée de Kairouan qui, par l’abondance de ses lignes, rappelle celui de la Grande Mosquée des Omeyyades à Damas, comporte, outre la graduation habituelle, les divisions correspondant aux heures babyloniques, celles écoulées depuis le lever du Soleil, et aux heures italiques, qui sont celles restant à courir jusqu’au coucher.

Les eaux de ruissellement se déversent dans une vaste citerne souterraine voûtée, soutenue par des piliers massifs en maçonnerie. Dans la cour se trouvent également six margelles, dont certaines sont placées côte à côte, qui servent à puiser l’eau de citerne. Celle-ci est nécessaire aux ablutions des fidèles. Faites de marbre blanc, les margelles, obtenues à partir de bases de colonnes antiques évidées, portent les rainures des cordes remontant les seaux.


La mosquée du Barbier :

 

Le mausolée de Sidi Sahab, généralement appelé mosquée du Barbier, est en fait une zaouïa qui se trouve hors les murailles de la médina. Il s'agit d'un vaste ensemble architectural construit en grande partie au cours du  XVII° siècle. C'est le bey mouradite Hammouda Pacha Bey qui fait construire le mausolée, la coupole et la cour alors que le bey Mohamed El Mouradi fait ajouter les bâtiments annexes, le minaret et la médersa constituée d'un oratoire, d'une salle d'ablution et de chambres destinées aux étudiants.

La population y vénère un saint local de Kairouan, un certain Abou Zamaa el-Balaoui, un compagnon du prophète Mahomet. Selon la légende, il aurait conservé trois poils de la barbe du prophète, d'où l'appellation donnée à l'édifice.

 

Dans l'histoire de la ville de Kairouan, ce compagnon du prophète est à relier à une parole attribuée à ce dernier, si l'on en croit notamment Al-Tirmidhî. Le prophète aurait prédit que « chacun de mes compagnons qui meurt dans un pays, deviendra au jour de la résurrection le guide et la lumière envoyés par Dieu pour les gens de ce pays ».


L'accès à la mosquée du Barbier se fait par une entrée menant à une grande cour à portiques pavée de briques. À l'angle Nord-Ouest de cette dernière se dresse un minaret de type hispano-mauresque, à l'étage occupé par deux baies géminées, encadrées de revêtements de céramique. Son sommet est surhaussé de merlons à degrés, contrairement aux minarets kairouanais aux merlons arrondis.


L'Aqueduc de l'oued al-Mouta

Kairouan : Aqueduc de l'oued al-Mouta
[NB012-1981-24] Kairouan : Aqueduc de l'oued al-Mouta

Un des ouvrages hydrauliques les plus importants de la Tunisie est, sans doute, le système de captage des eaux souterraines de Bir al-Udhine, situé à 36 km à l'ouest de Kairouan. Se souciant d'approvisionner sa capitale et ses palais en eau, al-Mouiz édifia, en 960 après J.-C., un aqueduc qui traverse des collines et des ravins et amène l'eau à Sabra, sa capitale, située aux environs de la ville de Kairouan, puis jusqu'aux bassins des Aghlabides.

 

Cette réalisation, qui utilise sans doute des ouvrages romains et aghlabides préexistants, comporte un système de captage, d'adduction, de collecte, de stockage et de distribution des eaux encore apparent. La partie la plus majestueuse est l'aqueduc de l'oued al-Mouta, qui s'étire sur plus de 70 mètres. Composé d'un mur plein, il se transforme au niveau du lit de l'oued en un pont formé de quatre arches surmontées d'arcs en plein cintre. Long de 38 mètres, sa hauteur atteint 10 mètres. L'adduction est constituée de deux canalisations superposées, l'une remontant à l'époque fatimide et l'autre à une époque indéterminée, peut-être aghlabide.

 

La construction de cet aqueduc ne suit pas les normes architecturales romaines ; son origine musulmane est incontestée. Néanmoins, la pierre taillée semble provenir d'un monument romain, sans doute y avait-il un antique pont-aqueduc dont l'assise et une partie des matériaux furent récupérées par les constructeurs fatimides. Devenu un modèle spécifique en Afrique du Nord, il trouvera d'autres applications, essentiellement au Maroc.


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Sources

Textes :Kairouan, wikipedia.org

Gnomon, wikipedia.org

Mosquée du Barbier , wikipedia.org



Source: [http://www.discoverislamicart.org/database_item.php?id=monument;ISL;tn;Mon01;20;fr&cp]

Saloua Zangar, Pont-aqueduc fatimide in Discover Islamic Art, Museum with no frontiers, 2016

 

Textes/Plan :

Grande Mosquée de Kairouan, wikipedia.org

 

Photos : 1981