Entre Seudre et Atlantique, Mornac-sur-Seudre est un village typique du littoral charentais, avec ses maisons aux façades blanches et volets colorés, fleuries de roses trémières. Ancien port de pêche, devenu haut lieu d’ostréiculture et de saliculture, il vit aujourd’hui au rythme de ses marais salants.
Son église, dédiée à Saint-Pierre, est une église romane au clocher caractéristique, inscrite dans un tissu urbain hérité en grande partie du Moyen Âge.

Église Saint-Pierre
L'église Saint-Pierre de Mornac-sur-Seudre était un prieuré-cure à la nomination de l'abbé de Valence ou de Saint-Ruf-en-Dauphiné. Élevée au XI° puis au XII° siècle sur un édifice d'époque mérovingienne, l'église est entourée d'un remblai extérieur sur un ancien cimetière mérovingien.
Construite selon un plan en croix latine, l'église Saint-Pierre de Mornac-sur-Seudre se compose d'une nef de quatre travées (XIIᵉ et XVᵉ siècles), d'un transept (XIᵉ siècle) flanqué de deux absidioles, et d 'un chœur (XIᵉ–XIIIᵉ siècles) se terminant par une abside en cul-de-four.
La façade occidentale, remontée au XIV° siècle, s'ouvre par un portail mouluré, flanqué à droite d'une niche trilobée et surmonté d'une fenêtre semblable.
Du côté Nord, la nef est percée d'une porte mérovingienne. A l'intérieur de la nef, la partie supérieure des colonnes du XII° siècle a été reprise au XV° pour recevoir les amorces des branches d'ogives d'une voûte inachevée. Un plafond en plâtre la remplace.
Sur la croisée du transept était une coupole sur trompes, barlongue et ovoïde, surmontée d'un clocher roman et d'une flèche moderne. Un incendie en 1943 a détruit flèche et coupole.
Une coupole barlongue sur trompes couvre le carré du transept dont les bras sont voûtés en berceau brisé. Les colonnes engagées de la nef avaient perdu leurs chapiteaux lors d'une réfection de la voûte dans le style flamboyant.
Nef, transept et chœur
La nef comprend quatre travées couvertes d'un plafond cintré et séparées par des colonnes adossées à des pilastres. Ces colonnes sont décapitées de leurs chapiteaux. Un de ceux-ci a été longtemps conservé (avec l'ancien baptistère) dans le jardin de la cure. Sur ces colonnes tronquées s'appuient les départs des nervures ogivales, seuls vestiges d'une voûte disparue. Des traces de litre avec écussons peints se voient encore sur les murs.
Des traces de peintures murales romanes subsistent dans l'abside (Christ en majesté) et dans le chœur (cavalier nimbé).
Le carré du transept, à l'origine d'une belle élévation, était couvert d'une coupole barlongue sur trompes portée par de longues colonnes à chapiteaux peu décorés. Les croisillons voûtés en berceau brisé prennent jour par d'étroites fenêtres en plein-cintre, de même que les absidioles fermées en cul-de-four.
Le chevet, beaucoup moins élevé, légèrement dévié par rapport à la nef, paraît d'une construction plus ancienne.
Le chœur est voûté en berceau et l'abside en cul-de-four. Des arcs latéraux renforcent les côtés du chœur. Ils reposent au centre sur des colonnes à petits chapiteaux garnis de feuillages. D'autres colonnes montent jusqu'à un bandeau de damiers, de galons torsadés et d'arabesques qui prolonge les tailloirs des chapiteaux.
Les bases des colonnes du chevet récemment déterrées doivent retenir l'attention. Elles sont aussi des remplois et accusent le carolingien par leur profil anarchique et les petits cartouches ornés qui décorent les trois faces de leur socle.
L'abside, très courte, est éclairée par trois fenêtres à colonnettes percées dans une arcature à cinq cintres. Ceux-ci sont amortis de gros tores appuyés sur des chapiteaux eux aussi
curieusement, et même bizarrement, travaillés. L'un représente l'arbre de Science, d'autres sont garnis de motifs très particuliers jamais rencontrés ailleurs.
Les grandes arcatures, les colonnes engagées et les colonnettes des fenêtres de l'abside et du chœur portent de curieux chapiteaux trop souvent mutilés mais d'un volume et d'une ornementation remarquables : Péché originel, édicule cubique à arcatures avec un ange malheureusement martelé (Tombeau du Christ ?), grandes volutes, rinceaux. Sur les tailloirs et les cordons courent des palmettes et des entrelacs archaïques.
La décoration de ces chapiteaux est remarquable. Tous sont ornés de motifs inhabituels, géométriques ou entrelacs en demi-méplat. Ils semblent être des remplois et provenir d'un édifice antérieur, de l'église détruite (Saint-Nicolas) par exemple, ou de celle, plus restreinte, dont les murs de l'abside ont été mis à jour par les fouilles. Les uns (à l'intérieur) ont des tailloirs rapportés ou, comme ceux de l'extérieur, n'ont pas de tailloirs. D'autres n'ont pas d'astragales. D'autres enfin, réduits à leur seule corbeille et trop courts, surmontent des colonnes qu'il a fallu allonger.
L'un des chapiteaux, dans le chœur à gauche, n'a pas son équivalent en Saintonge. Sous un tailloir travaillé, la corbeille carrée est entièrement occupée par une niche qu'encadre une petite
arcature à deux cintres portés par deux minces pilastres d'angles. Sur les côtés, l'arcature n'a plus qu'un cintre. Le sujet qui garnissait cette niche n'existe malheureusement plus. II semble
qu'il ait été martelé.

La nef, souvent remaniée, a conservé cependant une partie de ses anciens murs et, avec celui du côté Nord, près d'une tour extérieure d'escalier à fenêtres en meurtrière, une porte datant pour le moins du XI° siècle et, peut-être, beaucoup plus ancienne.
Cette porte, bien conservée, a son cintre formé d'un arc plein à deux voussures peu saillantes. L'une est ornée de lignes creuses parallèles dont les intervalles composent une série de bâtonnets
et l'autre, la plus grande, a ses claveaux creusés, sur leurs joints, de losanges. Les pieds-droits sont surmontés d'un embryon de chapiteau carré à simples listels. Au-dessus de la porte, une
étroite bande horizontale de courtes barres droites très rapprochées forment d'autres bâtonnets plus petits.
Les extérieurs
La façade occidentale très simple, reconstruite au XV° siècle, ne comporte qu'une porte ogivale basse à moulures prismatiques, avec à droite, une niche à cintre lobé.
Le transept, le chœur et l'abside constituent la partie essentielle et Intéressante de cette église.
De hautes colonnes divisent l'extérieur du sanctuaire en cinq aires, deux pour le chœur, trois pour l'abside, l'axiale un peu plus grande.
- Deux cordons horizontaux, l'un de petits damiers, l'autre d'arabesques partagent la hauteur en trois étages. Le côté Nord, le mieux conservé et de ce fait le plus orné, est particulièrement remarquable ; le côté Sud est masqué par une construction moderne.
- L'étage inférieur ne révèle que peu de choses des dispositions de sa base.
- L'étage intermédiaire est percé de fenêtres. L'une est nue, d'autres travaillées mais mutilées ont perdu soit des colonnettes, soif divers autres ornements ; elles étaient dans l'ensemble du type à colonnettes d'angles avec arcs ornés de tores et d'un cordon à damiers ou à palmettes.
- L'étage supérieur, le plus riche, est garni d'une suite de petites arcatures en plein-cintre appuyées, ou qui devraient l'être, sur de courtes colonnettes dont beaucoup ont disparu. II subsiste cependant des chapiteaux et des tailloirs ornés de feuillages ou d'entrelacs qui, très fouillés comme tous ceux de ce chevet, sont délicatement traités, mais dans l'ensemble avec peu de relief. Une corniche couronne le tout. Les modillons sur lesquels elle s'appuie, aux motifs souvent profanes, les animaux étant mis à l'honneur, sont d'une facture plus banale et paraissent d'une autre main.
Parmi les modillons figure un harpiste. Sur les chapiteaux, des lions retournent leurs pattes postérieures vers le haut, des oiseaux picorent des fruits. Une petite porte à décor géométrique s'ouvre au Nord de la nef. Le clocher carré est découronné.
La grosse tour carrée du clocher, presque entièrement abattue au cours de la guerre de Cent ans, a été reconstruite en partie au-dessus de sa souche, bien avant l'incendie de 1943. Rien ne permet de définir la forme primitive de ses étages.

Litre funéraire : l'écartelé du chœur
En levant les yeux vers les parties hautes de l'édifice, on distingue encore, par endroits, les vestiges d'une bande peinte en noir courant le long des murs de la nef, du transept et du chœur.
Cette bande, appelée litre funéraire, porte à intervalles réguliers les armes des Boscal de Réals, attribuées au défunt honoré par cette litre funéraire. Sa réalisation témoigne
vraisembla-blement de la volonté d'honorer la mémoire d'un membre éminent de cette famille.
Deux écartelés monumentaux, rigoureusement semblables, ont été intégrés à cette litre funéraire. Ils sont peints à la naissance du cul-de-four du chœur, de part et d'autre de son axe central.
Entre ces deux compositions figure un troisième écu, de dimensions plus modestes, qui correspond très probablement aux armes personnelles du défunt.
Prérogative des seigneurs hauts justiciers, la litre funéraire était apposée à l'occasion du décès d'un personnage de premier rang lié à la paroisse. Elle rappelait son rang, ses droits
seigneuriaux et sa mémoire, tout en affirmant la continuité de sa lignée au sein de l'édifice religieux. (*)
Blasonnement proposé :
D'azur, au chêne d'or arraché se divisant en deux branches, accosté de deux croissants d'or et surmonté d'une fleur de lys d'or en chef.
Au-dessus de l'écu, une couronne de marquis.
Sources
Textes :
Dictionnaire des églises de France, Poitou, Saintonge, Angoumois, Tome IIIc, Robert Laffont, 1967
Église Saint-Pierre, pop.culture.gouv.fr
Église Saint-Pierre de Mornac, fr.wikipedia.org
Jean-Louis BOSCAL de RÉALS de MORNAC, gw.geneanet.org
Les Eglises de Saintonge - Saintes et Marennes, Charles Connoué, Delavaud, Tome II, 1955
Mornac-sur-seudre, les-plus-beaux-villages-de-france.org
Signalétique locale
(*) Avec la participation de ChatGPT (intelligence artificielle développée par OpenAI) (07/2026)
Supplément inédit :
Enquête héraldique sur la litre funéraire de l’église Saint-Pierre de Mornac-sur-Seudre,
Essai d'identification des deux écartelés peints dans le cul-de-four du chœur (*)
Plan :
L'église de Mornac-sur-Seudre en Saintonge, chapiteaux.free.fr
Photos numériques : 2026